OldBoy (I)
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OldBoy (I)

par Olivier Guéret
Publié: Dernière mise à jour le

Titre français : Old Boy (I)

Equipe :
Durée : 119’
Genre :
Date de sortie : 12/10/2004

Cotation :

5 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

A la fin des années 80, Oh Dae-Soo, père de famille sans histoire, est enlevé un jour devant chez lui. Séquéstré pendant plusieurs années dans une cellule privée, son seul lien avec l'extérieur est une télévision. Par le biais de cette télévision, il apprend le meutre de sa femme, meurtre dont il est le principal suspect. Au désespoir d'être séquestré sans raison apparente succède alors chez le héros une rage intérieure vengeresse qui lui permet de survivre. Il est relâché 15 ans plus tard, toujours sans explication. Oh Dae-Soo est alors contacté par celui qui semble être le responsable de ses malheurs, qui lui propose de découvrir qui l'a enlevé et pourquoi. Le cauchemar continue pour le héros.

 

Notre critique:

Un ballet d’images, un opéra de sensations au service d’un scénario pervers, cruel mais diablement ciselé. Avec OLD BOY, Park Chan-Wook rejoint Kim Ki-Duk (THE ISLE, SPRING, SUMMER, FALL, WINTER… AND SPRING) dans la cour des grands réalisateurs coréens. Nous ne le répéterons pas assez, les productions cinématographiques asiatiques sont de plus en plus présentes mais aussi de plus en plus fortes. Si vous ne devez voir qu’un film cette année, voyez OLD BOY, une claque dans la gueule bien là où ça fait mal !

Il y a tout d’abord un personnage, perdu, enfermé pendant 15 ans sans véritable motif, campé avec grandeur et décadence par Choi Min-Sik (IVRE DE FEMMES ET DE PEINTURE) qui nous ancre au cœur de ce labyrinthe. Puis les images et le somptueux travail de Jeong Jeong-Hun. Sa photographie patinée mélangeant le chaud et le froid est un véritable régal pour les yeux. Comme si cela ne suffisait pas, après vient la somptueuse mise en scène de Park Chan-Wook. Après JSA et SYMPATHY FOR Mr VENGEANCE, Park s’enfonce encore plus dans les tréfonds et les turpitudes de l’âme humaine.

Envoûtante, sublimissime, sa réalisation est travaillée mais pas ostentatoire, elle est tout bonnement parfaite. Séquences qui se répondent, sens du cadre, travail sur le hors champ, esthétisme et brut de décoffrage se côtoient, se mélangent pour une union éblouissante à l’image de cet interminable travelling où notre malheureux protagoniste se fraie un chemin, marteau en main, à travers une dizaine d’assaillants…
Et si on vous dit « opéra », c’est que le mariage de ces images se fait sur les notes de Vivaldi ou celles d’un Jo Yeong-Wook des plus inspirés et qui se trouvent elles-même renforcées par cette tragédie qu’on nous offre à voir. L’osmose entre les différents médias est exquise. Les notes répondent aux images qui elles-mêmes servent la narration.

Si la base scénaristique n’est autre qu’un manga réputé (peu connu dans nos contrées), le metteur en scène / réalisateur a pris de très belles libertés, laissant son imagination trahir le neuvième art.
Cette vengeance à double vitesse est pernicieuse, redoutable de précision, d’inhumanité à moteur humain, qui débouche sur un final psychologiquement apocalyptique. D’une simplicité confondante, ce récit avait tout pour plaire à Tarantino (il pourrait même en prendre quelques leçons). Résultat : un grand prix à Cannes!
On pourrait pinailler sur le motif de la vengeance, mais ce serait oublier le continent asiatique et ses mœurs, ses fonctionnements. L’homme restera toujours un loup pour l’homme quoi qu’il advienne et d’où qu’il vienne !

Nous sommes face à un sacré film de genre; immédiatement culte. Un ouvrage où le mental se télescope avec le thriller, où la violence se veut plus psychologique que graphique.
Une œuvre au noir parfaitement maîtrisée, totalement fascinante, hypnotisante, tétanisante dans son dénouement. Une machine à broyer le spectateur, première victime d’un bourreau en pleine maîtrise de son art. Du grand, du très grand art!