Monsieur Batignole
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Monsieur Batignole

par Sylvie Jacquy
Publié: Dernière mise à jour le

Equipe:
Durée : 100’
Genre:
Date de sortie: 05/03/2002

Cotation:

4 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

Paris, juillet 1942. L'époque n'est facile pour personne. Alors que les bottes allemandes martèlent le pavé de la capitale, Edmond Batignole, charcutier, préfère ne pas trop chercher à savoir ce qui se passe. Les boîtes de conserve sur ses étalages sont factices, mais il se débrouille pour nourrir sa femme, sa fille et son gendre Pierre-Jean, critique littéraire collabo qui a le bras long. Pour avoir fait la Guerre de 14, Batignole n'aime pas spécialement les Boches, mais ne veut surtout pas avoir d'ennuis avec eux. Du coup lorsque son voisin du dessus, Bernstein, un chirurgien juif, est arrêté tandis qu'il est sur le point de quitter Paris avec sa famille, il ne tarde pas à se laisser entraîner sur les pentes de la lâcheté et de l'infamie. Après une brève hésitation, il installe tout son petit monde dans son luxueux appartement réquisitionné par la Gestapo et ne devient le traiteur officiel d'un colonel nazi. Jusqu'au jour où Simon, le fils Bernstein, vient frapper à sa porte en pensant y retrouver ses parents...

 

Notre critique:

Son petit côté franchouillard et son physique jovial n’ont jamais desservi Gérard Jugnot, bien au contraire: Que ce soit lors de ses débuts avec la bande du Splendid ou depuis qu’il a décidé de passer derrière la caméra (tout en restant devant), avec ou sans moustache (cette fois ce sera avec) c’est un peu le voisin, le commerçant du coin ou encore le vieux copain qu’on a l’impression de reconnaître ou croiser dans chacun de ses films. Pour son huitième tour de manivelle notre bonhomme ne déroge pas à la règle et nous découpe une nouvelle fois une tranche de sa spécialité à savoir celle du français moyen et ordinaire, un peu râleur mais toujours au grand coeur qui malgré lui va se retrouver confronté à des évènements qui vont l’obliger à remettre les pendules à l’heure.

Ni flic ou chef scout, encore moins SDF, son « Monsieur tout-le-monde » cette fois-ci revêt le tablier d’un petit charcutier qu’il installe dans une époque pas franchement formidable puisqu’il s’agit de l’Occupation allemande. Question fraîcheur le thème n’est certes pas nouveau et l’on ne compte plus les oeuvres avec ou sans label qui s’en sont inspiré. Mais après tout MR BATIGNOLLE n’a pas la prétention d’innover dans le domaine ou de refaire l’histoire. Avec son regard tendre, humain et sincère Gérard Jugnot s’est simplement posé la question de savoir ce qu’il aurait fait si il avait vécu à cette période, qu’est-ce qui pouvait bien faire qu’on puisse basculer héros ou salaud. Dans la grande tradition du cinéma français d’après guerre façon LA TRAVERSEE DE PARIS, il se propose de nous raconter ici une histoire attachante teintée d’émotion et de tendresse, familiale et accessible à tout public.

N’oubliant pas qu’il est aussi passé par là son film soigne particulièrement les seconds rôles en donnant une vraie consistance à ses personnages (le Robin des Bois Jean-Paul Rouve en vrai salopard collabo vaut le détour). Sans cynisme ni complaisance, évitant la sensiblerie gratuite et le côté moralisateur, MR BATIGNOLE souffre cependant de trop nombreuses maladresses pour réussir à égaler la force et la tension dramatique des classiques dont il s’inspire. Son petit air de « déjà vu », son parfum suranné, sa mise en scène à la papa et son scénario un peu trop convenu en font un film honorable mais malheureusement tout de même un peu décevant. Dommage Gégé ton histoire était jolie mais elle manque un peu de mordant.