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Mon Père, il m’a sauvé la vie

par Sylvie Jacquy
Publié: Dernière mise à jour le

Titre français : Mon Père

Equipe:
Durée : 115’
Genre:
Date de sortie: 15/05/2001

Cotation:

4 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

Paris, fin de la 2ème guerre mondiale, la période est trouble et les gens parfois étranges : Joe, le père, passe son temps à jouer au poker pendant qu'Emilie, la mère, fait de savants calculs pour gagner à la roulette. Barthy, le fils aîné, vient de se faire abattre en s'évadant de prison et Manu, son jeune frère, qui, lui aussi, fréquente une faune peu recommandable et trempe dans des histoires louches, ne tarde pas également à finir derrière les barreaux. Seul témoin et survivant d'une sanglante tuerie, le verdict tombe et il se retrouve condamné à mort. Ce portrait de famille apparemment rocambolesque et farfelu est pourtant bien réel puisqu'il est celui de son auteur José Giovanni, alias Manu. A 20 ans avec pour unique avenir celui de la guillotine, il ne devra sa survie qu'au courage de son père et à l'acharnement de celui-ci pour le faire gracier.

 

Notre critique:

Avec 18 romans, 32 scénarios et 19 films, le nom de José Giovanni évoque bon nombre de succès dans le cinéma français des années 60/70 mais aussi de formidables collaborations: Claude Sautet, Jean-Pierre Melville, Henri Verneuil et bien sûr Jacques Becker, pour l’adaptation de son premier livre « Le Trou », où il raconte l’univers carcéral et l’histoire de son incroyable tentative d’évasion, et qui marquera les débuts de sa triple carrière. Condamné à mort, puis gracié par le président de la République et enfin réhabilité, le passé sombre du bonhomme est certes connu, en revanche ce qui l’est moins c’est l’importance de son père dans sa destinée formidable. Pendant 40 ans, il gardera enfoui au plus profond de lui le souvenir de celui qu’il n’a jamais su remercier et en 1995 crèvera l’abcès en publiant un livre autobiographique afin de rendre hommage à ce père trop longtemps méprisé.

C’est grâce à la ténacité d’un vieux copain nommé Bertrand Tavernier que José Giovanni s’est décidé à sortir de sa réserve pour reprendre la caméra après 12 années d’absence et à adapter les derniers chapitres de son livre intitulé « Il avait dans le coeur des jardins introuvables ».
MON PERE est un film bien plus que personnel: c’est un hommage posthume et vibrant à cet homme qui tous les jours s’attablait au café en face de la prison où son fils attendait la guillotine et à ses efforts désespérés pour le sauver, tout en étant incapable de communiquer avec lui. Si Bruno Cremer campe ce patriarche imposant et complexe avec beaucoup de sobriété et de justesse, il faut bien avouer que le film souffre de quelques faiblesses de forme et de certaines longueurs.

La voix-off de José Giovanni, qui évoque ses souvenirs à la première personne, est souvent maladroite et emphatique, et la mise en scène trop classique et surannée a parfois du mal à nous convaincre. Emotion et académisme ont du mal à s’harmoniser et, pourtant, malgré cet aspect vieillot et désuet, on se laisse prendre au film et on a du mal a s’en décrocher.

Peut-être justement parce que c’est autre chose qu’un film.

Aveu émouvant, acte d’amour filial, MON PERE raconte simplement et avec sincérité les souvenirs mais aussi les regrets et les interrogations d’un homme à l’hiver de sa vie. Sous le poids des blessures et d’un « trop plein d’émotions », il est sans doute difficile à son auteur de trouver le ton juste et d’avoir la distance nécessaire pour parler de cet amour paternel. Malgré ses erreurs et ses grosses imperfections, ce film n’en reste pas moins un témoignage poignant et bouleversant.