Lucia Y El Sexo
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Lucia Y El Sexo

par Olivier Guéret
Publié: Dernière mise à jour le

Titre français : Lucie Et Le Sexe

Equipe:
Durée : 128’
Genre:
Date de sortie: 07/05/2002

Cotation:

4 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

Lucía est serveuse dans un restaurant du centre de Madrid. Quand elle apprend la mort de son fiancé, un écrivain avec qui elle a vécu pendant six ans, elle part trouver refuge sur une île méditerranéenne.
Là-bas, baignée dans une atmosphère où elle respire l’air frais et profite du soleil, Lucía commence à découvrir les coins obscurs de sa relation passée, comme si elle découvrait des passages oubliés d’un roman que son auteur lui aurait permis de lire à présent.

 

Notre critique:

Avec LUCIA Y EL SEXO, Julio Medem creuse un peu plus le sillon qu’il avait entamé avec LA ARDILLA ROJA, TIERRA et LOS AMANTES DEL CIRCULO POLAR et s’avère définitivement être le cinéaste de l’absolu. Non pas qu’il soit sans limite, mais son oeuvre entière s’articule autour des sentiments pleins, complets qui n’ont cure d’une quelconque tiédeur. Chez Medem, tout est grand, tout est fort, tout est beau et triste… Et que les mièvres, les fades, les insensibles passent leur chemin!

Après une pénétration ardue dans le monde de Julia et des autres personnages satellites (mais faisant partie de la même galaxie), le magnétisme médemesque opère enfin. Sans retenue aucune, la moiteur prend place… Le récit, totalement déstructuré, prend le pas sur la raison. Et de s’enfoncer entre rêve et fantasme dans une exploration des affres de la création pure, de l’intimité du couple et de la sexualité sur un mode binaire. L’homme et la femme… et les femmes, l’une soleil, l’autre lune. Oeuvre à double polarité, LUCIA Y EL SEXO est un kaléidoscope flamboyant et humide. Les métaphores fusent, toutes ayant un rapport au sexe et à ce qui le fait tourner. Et de rajouter continuellement des couches pour finir la construction d’un puzzle tridimensionnel en forme de coeur…

Cette composition revêt une côté éminemment prismatique, et offre diverses lectures des plus théoriques voire mathématiques dans l’imbrication des différents tableaux à celles plus subtilement éthérées sur l’état relationnel du couple. Certes, le décryptage pourrait paraître abscon mais le cinéma de Medem, tactile, prend source et ampleur dans cette sensibilité purement émotionnelle et dans cette indéniable faculté qu’à l’auteur à transcender le grotesque. En cela, tentons le grand écart et tissons un parallèle entre notre hispanique et le John Woo période asiatique (c’est couillu, mais on ne se refait pas!). Tous deux partent d’histoires, de sentiments ou de séquences habitées de ridicule parce que trop énooormes. Et tous deux arrivent à sublimer le dérisoire en de purs moments de poésie visuelle.

Tourné en caméra digitale haute définition, LUCIA Y EL SEXO revêt itou un caractère expérimental. Images quasi-brûlées et surexpositions participent activement à la mise en valeur de cette tragédie sensorielle. Et pour conclure, rajoutons le charme ravageur d’acteurs et actrices pris dans un maelström érotique.

Troublant, allumant, rond, déstabilisant, métaphorique, fantasmagorique, tragique, romanesque et lyrique tel est donc le cinéma de Julio Medem. Une pellicule, qui malgré une première demi-heure mollassonne, devient étonnamment prenante à mille milles de toute terre.