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Les Glâneurs Et La Glaneuse

Publié: Dernière mise à jour le

Equipe:
Durée : 92′
Genre:
Date de sortie:

Cotation:

5 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

Loin des glaneuses d’autrefois qui ramassaient les épis de blé après la moisson, Agnès Varda, caméra au poing, est partie sur les routes de France à la rencontre d’anonymes qui, par dénuement, passion du recyclage ou fibre écologique, vivent des restes et des rebuts que d’autres ont laissés. Déchets de fin de marché, nourriture jetée dans les containers de grandes surfaces, objets divers abandonnés un peu partout, tous offrent un système économique parallèle à un petit monde curieux et surprenant. Un documentaire façon road-movie mais aussi une rencontre avec une réalisatrice singulière.

 

Notre critique:

Agnès Varda est une étrange et curieuse petite bonne femme qui depuis maintenant plus de quarante ans se fiche pas mal des effets de mode et du box-office triomphant, poursuivant son petit bonhomme de chemin. Pour ce nouveau long métrage, la « maman » de la « nouvelle vague », du haut de ses 72 ans, n’a rien perdu de ses convictions ni de sa singularité et renoue avec un genre qu’elle affectionne tout particulièrement: le documentaire. La voilà donc embarquée sur les routes de France au volant de sa voiture, à la recherche de quidams pratiquant encore une activité d’un autre âge, le glanage. C’est d’ailleurs sur la définition de ce drôle de mot qu’elle démarre ce singulier road-movie, en nous apprenant qu’il s’agit d’une vieille tradition datant de Saint-Louis qui consiste à ramasser dans les champs après la récolte ce que l’on a oublié ou écarté des moissons ou des vendanges. Si les places de marchés ou les poubelles des supermarchés ont remplacé les champs de blé, la pratique existe encore sous des formes différentes et pour des usages aussi variés que surprenants. Par nécessité, hasard, plaisir ou encore idéologie, certains ramassent et récupèrent ce que d’autres ont jeté ou délibérément abandonné.

Né de son indignation face à la précarité existante dans une société de consommation et de gaspillage, mais aussi de sa curiosité des gens et du monde qui l’entoure, Agnès Varda, au travers de ce film, écoute, dialogue et fait sortir de l’anonymat un petit monde bigarré où l’on rencontre des gens étonnants. Leurs histoires commençant là où s’arrêtent la nôtre. Du chômeur qui se nourrit de restes par nécessité en passant par l’ex-biologiste qui a choisi la marginalité, ou encore l’artiste qui préfère recycler, c’est toujours avec tendresse et malice qu’elle ramasse leurs images et leurs bouts de vie volés, oubliant même parfois de fermer sa caméra Mini DV qu’elle utilise pour une partie du tournage, comme d’autres se serviraient d’un calepin de notes. LES GLANEURS ET LA GLANEUSE est un film de rencontres et de sincérité, et les prix qu’il a remporté (Montréal, Chicago, Méliès 2000) en sont des témoignages. Certes, le côté naïf et fantaisiste de sa réalisatrice peut parfois dérouter ou rebuter, notamment lorsque celle-ci insère des scènes d’autoportrait et parle de son vieillissement. Mais malgré ce petit bémol qu’on lui pardonne, elle nous prouve encore qu’elle n’est pas encore prête à « sucrer les fraises ».