Leaving Las Vegas

On se souviendra du ONE FROM THE HEART de Coppola qui traitait du même sujet -avouons-le – pas vraiment original. Mais c’est oublier le talent du réalisateur Mike Figgis qui, avec des moyens nettement inférieurs à son prédécesseur, a pu l’égaler et mener cette histoire simple à un sommet d’émotion. Tourné en 16 mm, cadré très serré, LEAVING LAS VEGAS s’attache très fort à ses personnages, laissant le décor si typique dans le flou. La caméra cherche la douleur des regards et la grâce des gestes. Mike Figgis, réalisateur-musicien, accorde encore plus d’importance au son. C’est en compositeur subtil qu’il joue avec les voix cassées de ses personnages, leurs silences lourds, le ronflement lointain de cette ville qui ne dort jamais et une partition musicale délicate.

On vit le film comme un rêve brumeux et répétitif. Il n’y a pas vraiment de progression dramatique : le destin de ces deux âmes errantes est connu. On ne se lasse pourtant jamais : à chaque rencontre entre les personnages, même les plus secondaires (excellent casting des seconds rôles et des silhouettes), on reste fasciné par l’impression de vie, fut-elle sordide.

Elisabeth Shue méritait l’oscar autant que Nicolas Cage: ensemble, ils donnent la plus poignante composition d’un couple perdu qu’on ait vu depuis longtemps. Et cette récompense remet au premier plan le réalisateur Mike Figgis. Cinéaste musical injustement ignoré, il avait déjà étonné par la particularité de son regard dans INTERNAL AFFAIRS, LIEBESTRAUM et THE BROWNING VERSION. Il est temps que ses qualités soient enfin reconnues à leurs justes valeurs !

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