Le Boulet

Le Boulet

Une affiche tape à l’œil et quelque peu racoleuse, un casting sympatoche et quelques têtes particulièrement vendeuses, même si ce BOULET sent le bon gros blockbuster bleu blanc rouge, on a malgré tout envie de lui dire banco, histoire de se muscler un peu les zygomatiques et d’essayer de se décrocher la mâchoire. Y’a pas de mal à se faire du bien d’autant qu’en ce moment pour les scénarii façon tragédie grecque ou drame Bergmanien, l’actualité tristoune et morose nous offre suffisamment de quoi débattre. Oui mais voilà, faire rire ne se décrète pas et on a beau y enfourner tous les bons ingrédients qui ont fait le succès des comédies tandem façon Oury (LA GRANDE VADROUILLE) ou plus récemment Francis Veber (L’EMMERDEUR, LA CHEVRE) y ajouter une bonne dose d’aventure dépaysante et de spectaculaire explosif (pour rajeunir le genre?), de la tchatche et des bons acteurs; faire une bonne poilade réclame aussi un brin de talent, une touche personnelle et beaucoup de finesse et de subtilité dans les dosages.

Tombé dans la marmite du cinéma dès ses premières couches culottes on imagine assez bien que le fiston de producteur-réalisateur Claude Berri avait très peu de chances d’embrasser un carrière dans la filière boucherie-charcuterie. Mais pour sa première grosse production, il faut bien admettre que Thomas Langmann ne s’est rien refusé et a sans doute eu un peu les yeux plus gros que le ventre dans cette aventure qui part ouvertement à l’assaut du box-office. Non content de co-financer la chose, il l’a également co-écrite et s’est même fait plaisir en s’y ajoutant un petit rôle, enfin pour que chacune de ses volontés boulimiques et de ses fantasmes scénaristiques soient respectés, il s’est entouré de deux réalisateurs (la rumeur voulant que l’un des deux n’était pas jugé assez docile). Si chacun est parfaitement convaincu que le cinéma est loin d’être une science exacte, il n’empêche que pour rallier le spectateur à sa cause, un minimum d’intérêt et de cohérence dans l’intrigue s’imposent. Or ici les délires d’écriture du rejeton ont bien du mal à passer à l’écran et son histoire cartoonesque a tendance à tomber un peu dans le n’importe quoi. Et son film ne se résume malheureusement qu’à une succession de gags bien lourds et douteux entrecoupés de scènes aux effets spéciaux spectaculaires et poussifs qui plombent désepérement l’action et le jeu des acteurs qui ne demande qu’à décoller.

Pour sauver cette surenchère d’humour franchouillard ras les dunes (passons sur les blagues de mauvais goût et limites racistes), Gérard Lanvin en gros dur au grand coeur distributeur de claques et Benoît Poelvoorde en abruti attachant comme il sait si bien les jouer, sont obligés de se surpasser. Le talent et la générosité de ces deux là ainsi que leur complicité avec les seconds rôles (même si on aurait aimé retrouver la pilosité de José Garcia et l’accent de Rossy de Palma dans de meilleures conditions), sauvent LE BOULET du bouillon et du classement au rang de navet. Les mauvaises langues n’y verront que le jouet (très cher) d’un gosse gâté, les optimistes sauront trouver dans cette gauloiserie quelques instants pour se détendre les maxillaires quant aux inquiets, ils seront rassurés de savoir pourquoi la grande roue du jardin des Tuileries a disparu du paysage parisien.

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