La Femme Défendue
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La Femme Défendue

par Olivier Guéret
Publié: Dernière mise à jour le

Equipe:
Durée : 100’
Genre:
Date de sortie: 07/10/1997

Cotation:

5 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

D'un côté Muriel, 22 ans, célibataire et sans attache. De l'autre, François, 39 ans, marié, un enfant et une vie confortable, baignant dans un confort domestique usé. Ils se rencontrent par hasard, il la veut, elle ne veut pas. Elle résiste quelque temps... puis capitule. La situation d'adultère s'installe avec son cortège de petits bonheurs, d'instants toujours trop rares et trop courts, de jalousies larvées, de conflits ouverts, de larmes retenues, de va-et-vient, de "je t'aime moi non plus"...

 

Notre critique:

Filmé à la première personne en caméra subjective (le film n’utilise aucun contrechamp), le film ne comporte aucune intrigue secondaire, aucun personnage supplémentaire, aucun détour à l’histoire simple d’une passion. C’est une radiographie vécue à travers le regard d’un homme. Celui-ci s’avère un calculateur, un stratège usant de toutes les ruses possibles pour assouvir sa faim première: le sexe. Viendra juste après l’alternance des sentiments, la complexité de ceux de Muriel et le mélange nuageux de ceux de François. La valse des deux-pas-en-avant-un-pas-en-arrière affectifs est conjugué par ces deux personnages en quête de fluide. Le fluide amoureux, passionnel qui efface tout … temporairement.

Le côté performance d’un film entièrement tourné en caméra subjective s’oublie bien vite (une fois le procédé accepté) au profit d’une plongée au sein d’un dialogue, de l’élaboration d’un portrait de femme au travers des yeux de son amant. Les hommes pourront facilement s’identifier au protagoniste masculin de l’affaire. Les femmes dissèqueront les techniques savamment mises au point par l’homme-chasseur face à sa femelle de proie.

Après LES RANDONNEURS, Philippe Harel a posé sa caméra devant une fille et l’a séduite. Si elle succombe aux avances insidieuses de François, Isabelle Carré (Muriel) reste fraîche et lucide… En employant un système de miroirs (glace sans tain – on peut, d’ailleurs, très facilement dénoter la différence du regard fixant un objet, une caméra et le regard mobile qui suit un interlocuteur), le réalisateur a réussi à capter la justesse de regard d’Isabelle Carré. Philippe Harel a bâti son film simplement en se donnant le rôle du mauvais. François, personnage relativement détestable, reçoit vite un visage humain. Au détour d’une glace, le spectateur/acteur voit le reflet de Philippe Harel et peut ainsi plus facilement coller une étiquette sur la tête du chasseur. Non, il n’est pas un monstre, non, il n’est pas aussi beau et musclé que les 2 BE 3 réunis, et encore… Il est, le plus naturellement du monde… humain, avec ses qualités et ses (gros) défauts. La qualité principale du film est bien ce côté humain avec toutes ses facettes.

LA FEMME DEFENDUE est un film sur le regard, sur l’état de manque d’une personne vis-à-vis d’une autre. C’est également un film curieux et pour les curieux, plein d’intérêt et bourré d’agréables moments, ou mieux encore, un regard nouveau sur les femmes et dans une autre mesure sur les hommes de nos jours (de toujours?).