Equipe:
Durée : 93′
Genre:
Date de sortie: 28/05/1996
Cotation:
Si vous avez manqué le début:
Deux ouvriers agricoles de l’Est, de retour d’un petit village de France, font étape à Paris avant de rentrer chez eux. Ils sont victimes d’un pickpocket. A la police, on les rejette parce qu’ils prétendent venir d’une ville apparemment imaginaire: Prajevitsa. Les deux hommes se retrouvent sans papiers et sans patrie dans les rues de la capitale. Suite à un malheureux concours de circonstances, ils sont pris pour des espions russes. Poursuivis par la police, ils sont contraints de se cacher chez une vendeuse de chapeaux pour dames.
Notre critique:
Le premier film de Enrique Gabriel-Lipschutz s’inscrit dans la lignée des productions slaves. On y retrouve toute la rigueur du cinéma soviétique et son soucis d’analyse socio-politique. Mais avant tout, KRAPATCHOUK est une fable tendre et poétique, agrémentée d’un comique farfelu. Il décrit avec mélancolie la détresse de deux hommes déracinés, victimes d’un système administratif aveugle et ridicule. Le réalisateur passe au crible toutes nos « belles » institutions occidentales: la presse à sensations, la police, les ministères,… Jamais agressif, jamais méchant, le regard que porte le réalisateur-scénariste sur notre monde est étonnant, et surtout ironique et amusé. rn
Le casting est international. Les deux héros, interprétés par Guy Pion (acteur de théâtre belge) et Piotr Zaitchenko (acteur russe) forment un tandem qui n’est pas sans rappeler celui de Laurel et Hardy. L’un est bourru, mal élevé et amoureux, l’autre, timide, triste et sage. C’est la charmante Angela Molina qui prête son sourire à la vendeuse de chapeaux. Les personnages secondaires semblent tous sortis d’un road-movie déjanté. Ce sont les grossières caricatures des mécanismes qu’ils sont censés représenter, risibles à souhait! rn
On peut reprocher au film son inégalité de ton et de propos, qui bouscule un peu le spectateur. Les nombreuses ellipses sont parfois un peu confuses. Le scénario alterne aléatoirement des moments complètement fous et des instants d’émotion vraie, comme cette scène où tous les ouvriers émigrés entament un hymne national, chacun dans leur propre langue. Mais le film n’a pas l’ambition d’être parfait, ce qui augmente encore son attrait… rn
Quand vous verrez KRAPATCHOUK, vous vous regarderez dans un miroir déformant, qui transforme les points noirs en nez de clowns. C’est agréable de voir notre société bien pensante être critiquée avec autant de gentillesse et de justesse. Ce film est une petite étoile filante venue des steppes, dans un ciel balayé par les gros projecteurs hollywoodiens. Parfois, la simplicité réchauffe le coeur. C’est le cas avec KRAPATCHOUK.