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Karnaval

par Jean-Dominique Quinet
Publié: Dernière mise à jour le

Equipe:
Durée : 88’
Genre:
Date de sortie: 27/04/1999

Cotation:

4 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

A Dunkerque, pendant le carnaval, la grisaille s'illumine de couleurs festives. Le temps de quelques nuits, tout est possible.
Ce jour-là, Larbi quitte le garage familial. Traité comme un moins que rien par son père, le jeune immigré n'en peut plus et décide de tout recommencer à zéro dans le sud, à Marseille. Mais le hasard s'en mêle. Bloqué une dernière nuit dans sa ville natale, il rencontre Bea et l'aide à porter Christian, son mari ivre mort. Larbi tombe amoureux. Il tente sa chance.

 

Notre critique:

KARNAVAL, première réalisation du français Thomas Vincent, est un film social pure souche qui s’inscrit en droite ligne derrière BRASSED OFF de l’anglais Mark Herman. Les mésaventures d’un triangle amoureux (la belle, la brute et le beur) nous entraînent à la découverte d’un triste quotidien: celui de la classe ouvrière du nord. L’avenir y est sombre et figé, marqué par la violence des actes et des sentiments. Là-bas, le seul rayon de lumière qui transperce la fumée des cheminées des usines, c’est le carnaval.
L’écriture des personnages est brillante. Complexes, torturés, volontaires, les trois êtres qui se déchirent sous nos yeux sont terriblement vivants. Cette hargne qui les anime, cette volonté qui les enflamme, celle de s’en tirer coûte que coûte, de fuir un quotidien bouché ou de réparer un amour brisé: tous ces sentiments ont, sous la plume du français, une puissance bouleversante et une résonance quasi universelle. rn

Comme le réalisateur anglais, Vincent transcende la réalité froide d’une touche de poésie qui humanise son film. L’imagerie carnavalesque est propice à cet exercice, encore ne fallait-il pas verser dans le grotesque. Ce n’est pas le cas. La caméra de Vincent se trouve toujours à la juste distance. Toujours. Que ce soit dans les brutales empoignades familiales, que ce soit au coeur des défilés paillards du carnaval, la caméra est audacieuse, virtuose, mais jamais elle ne franchit les limites de la pudeur. rn

Les trois acteurs principaux, Amar Ben Abdallah, Clovis Cornillac et Sylvie Testud, sont irréprochables et portent sur leurs épaules, eux aussi, une bonne partie de la force du film. Profitant des latitudes laissées par le réalisateur, ils ont su extirper leurs personnages de la caricature et les projeter dans la vérité en improvisant parfois des scènes entières. rn

KARNAVAL est un bijou aux multiples facettes, émouvant, perturbant, jamais lassant. A cocher sans hésitation dans votre programme cinéma.

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Notons pour ceux qui iront voir le film à l’Arenberg Galerie de Bruxelles que le film sera précédé du court métrage ALTER EGAUX, documentaire percutant sur le monde du travail. A ne pas manquer non plus.