Joker: Folie à deux
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Joker: folie à deux

par Eric Van Cutsem

Cotation:

4 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

Arthur Fleck est en prison suite aux meurtres qu’il a commis en tant que « Joker ». Il est sous médicaments et attend son procès complètement apathique, jusqu’au jour où il croise Lee Quinzel…

 

Notre critique:

Présenté en compétition à la 81e Mostra de Venise, le second opus de JOKER, JOKER: FOLIE A DEUX (en français dans le texte!) était très attendu, tant par les détracteurs que par les fans du premier. Il y avait aussi une double attente puisque, si Joaquin Phoenix était de retour dans le rôle de Arthur Fleck/le Joker, une nouvelle venue venait interpréter Harley Quinn/Lee Quinzel, Lady Gaga.

Critiquer cette suite se révèle un exercice difficile. Car cela dépend de l’interprétation que l’on fait du sens du film, on peut crier au génie ou descendre celui-ci en flamme. Nous y reviendrons plus bas.

JOKER: FOLIE A DEUX, contrairement à son prédécesseur, se situe entre le polar classique et le film musical. Les scènes dansées et chantées sont très nombreuses et, pour la majorité d’entre elles, liées à des moments oniriques du film, ce qui semble pencher vers le fait qu’il s’agit là plutôt d’une volonté du récit que du choix de faire un musical à part entière.

Coté histoire, le film démarre à la fin du premier. Arthur Fleck est emprisonné à l’asile d’Arkham, il est sous médicaments et est la risée de ses co-détenus et des gardiens. Jusqu’au jour où il est emmené dans l’aile des femmes où l’on prodigue des soins via thérapie musicale et où son regard croise celui de Lee Quinzel. Le coup de foudre entre les deux est immédiat.

Ne vous attendez donc pas, comme dans le premier pour le Joker lui-même à ce que l’on soit dans un film de (super-)héros traditionnel dans lequel vous aurez une explication sur leurs capacités, origines, etc. Car JOKER: FOLIE A DEUX parle, comme le premier, de gens ordinaires.

Le récit démarre lentement, le réalisateur Todd Philips prend son temps: il faudra plus ou moins 1h30 pour que cela démarre vraiment et l’on retombera ensuite dans un film de procès dans lequel le Joker assurera sa propre défense tout cela avant un retournement vers 2h de film (le film dure 2h18).

Le scénario lui-même est mince et repose complètement sur la qualité de la mise en scène, le soin apporté à de menus détails de l’histoire et surtout à l’interprétation des deux personnages principaux. Jusque-là, on ne peut pas dire que le film est brillant, juste dire qu’il fait son boulot comme suite du premier et qu’il est probablement un peu trop long.

[***Attention spoilers à partir d’ici***]
Mais voilà lors du procès, Arthur Fleck redevient lui-même et annonce que le joker n’existe pas, qu’il n’y en a jamais eu. Décevant ainsi les manifestants et les fans déguisés en Joker qui assistaient au procès à l’extérieur. Et décevant aussi la belle Lee Quinzel qui pensait avoir trouvé son âme soeur dans la démence. JOKER: FOLIE A DEUX devient alors un film sur la déception. Et quand, de retour en prison, Arthur Fleck se fait assassiner par un jeune co-détenu lui aussi déçu de voir son héros réduit à néant, c’est alors les spectateurs qui, par la magie d’une mise en abyme, voient disparaître le personnage principal du film qu’il soit ou non le Joker. Cette déception de voir le héros du film (même si il s’agit d’un vilain) renvoie donc une image miroir de la déception de tous les protagonistes du récit.

Est-ce que Todd Philips l’a imaginé comme cela? Pour l’instant rien ne permet de l’envisager dans ses interviews. Si cependant, c’était le cas, le tour de force du réalisateur/scénariste serait assez culotté, d’autant qu’il avait annoncé qu’il ne voulait pas faire de suite après le premier et que Joaquin Phoenix ne souhaitait pas reprendre le rôle. Ce serait donc une superbe pirouette!

On notera aussi la fin qui laisse la possibilité au jeune détenu qui tue Arthur Fleck, de devenir ensuite le futur Joker. Warner se laisse ainsi une possibilité de donner libre court à un 3e opus. Mais qu’y aurait-il de plus à ajouter?

 

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