Je Suis Un Assassin
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Je Suis Un Assassin

par Sylvie Jacquy
Publié: Dernière mise à jour le

Equipe:
Durée : 107’
Genre:
Date de sortie: 23/11/2004

Cotation:

4 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

Les quais de gare sont sujets à d'étranges rencontres parfois… Alors qu'il flâne dans le kiosque à journaux en attendant son train, Ben Castelano tombe nez à nez avec un vieil ami qu'il n'a pas revu depuis des années, Brice Kantor. Pour Ben, auteur de polars inspirés mais malheureusement sans éditeur, Brice représente tout ce qu'il a rêvé d'être et ne sera jamais, un écrivain célèbre qui enchaîne succès et best-sellers. Ce qu'il ne sait pas c'est que Brice est en instance de divorce et surtout au bout du rouleau. Sa femme l'étrangle financièrement en lui réclamant la moitié de ses royalties et il souffre du syndrome de la page blanche. Pour remédier à ce manque d'inspiration qui ne peut plus durer, Brice va faire une surprenante proposition à Ben: tuer sa femme qu'il juge responsable de son malaise artistique. En échange de ce petit service rendu, il lui propose de publier sous son nom son dernier manuscrit afin d'en tirer de juteux bénéfices qu'ils pourront se partager. D'abord choqué par cet étonnant marché, Ben ne tarde pas à changer son fusil d'épaule pour finir par vendre son âme à ce diable de Kantor…

 

Notre critique:

Thomas Vincent est loin d’être un réalisateur envahissant puisque la première et la dernière fois que nous avons eu la chance d’apprécier son travail date du siècle dernier! 1999, vous vous souvenez peut-être de KARNAVAL, un petit film brillant qui révéla à nos yeux exigeants de spectateur, le talent de deux jeunes débutants (Sylvie Testud et Clovic Cornillac) qui depuis ont fait un joli brin de chemin. Depuis, pffoouuiitt, plus rien, silence radio, on pensait l’homme désintégré du paysage cinématographique et voilà qu’il nous revient avec un drôle de thriller, librement inspiré du CONTRAT, un polar de l’écrivain américain Donald Westlake. Bien que reprenant comme idée de départ une vieille ficelle machiavélique de l’oncle Alfred (le pacte faustien scellé dans un wagon de STANGERS ON A TRAIN), elle-même chipée d’ailleurs à Patricia Highsmith, c’est néanmoins plutôt vers une ambiance chabrolienne que JE SUIS UN ASSASSIN nous invite à glisser.

Sous couvert d’une intrigue policière apparemment très classique (si tu zigouilles ma femme, je publie ton bouquin sous mon nom et à nous le jackpot), non sans culot et audace dans l’outrance, Thomas Vincent change progressivement de ton pour nous entraîner vers univers bien plus étrange et ambigu. Ambiance trouble et dérangée, personnages singuliers et pervers aux apparences trompeuses, secrets équivoques, situations délirantes et fantasmagoriques, forcément avec un tel programme, ceux qui à la base avaient poussé la porte de la salle pour plonger dans un polar classique pavé de bonnes intentions, risquent fort de se retrouver quelque peu déroutés par la tournure que prennent les évènements. Balayant volontairement toute crédibilité, vraisemblance et réalisme au profit du symbolique, de la parabole et du délire psychanalytique cette seconde partie que l’on peut voir aussi comme un second petit film, peut tout autant envoûter et faire naître le trouble qu’agacer et susciter l’ennui. Question d’envie et de disponibilité me direz-vous…

Maintenant que vous voilà prévenus, entre-nous, malgré quelques maladresses et passages poussifs jouant un peu trop fort sur le grotesque et le grand-guignolesque, JE SUIS UN ASSASSIN reste un film qu’il serait dommage d’écarter de son planning cinématographique pour au moins deux bonnes raisons. D’abord parce que c’est un bon film d’acteurs et que le trio Giraudeau (glaçant et fascinant quand il en fait des tonnes), Viard (épatante en foldingue démente) et Cluzet(parfait en pigeon naïf) est particulièrement bluffant et ludique là où d’autres auraient rapidement sombré dans le ridicule et le pathétique. Et enfin, avec vice et perfidie quel plaisir en allant prendre son ticket de clamer le titre du film à l’ouvreuse. « Je suis un assassin, madame…