Holy Lola
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Holy Lola

par Sylvie Jacquy
Publié: Dernière mise à jour le

Equipe:
Durée : 128’
Genre:
Date de sortie: 25/01/2005

Cotation:

5 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

C'est l'histoire d'un couple qui s'aime et qui comme des milliers d'autres a des tonnes d'amour à donner à l'enfant qu'ils espèrent avoir depuis déjà trop longtemps. Pas prêts à se résigner et à accepter le sale tour que Dame Nature leur a fait en les privant de ce cadeau de la vie, Pierre et Géraldine ont décidé de se lancer dans la grande aventure de l'adoption pour combler leur terrible manque de bébé. De formulaires en bureaux administratifs, de bureaux administratifs en orphelinats, c'est finalement à l'autre bout du monde que va les entraîner leur parcours du combattant pour être parents. Sous une pluie diluvienne et une chaleur écrasante, des rêves plein la tête et des espoirs plein le cœur, c'est à Phnom Penh au Cambodge qu'ils décident de tenter leur dernière chance et enfin voir leur désir d'enfant devenir réalité.

 

Notre critique:

Qui est-on lorsque l’on se rend dans un pays martyrisé par l’Histoire et encore cruellement malade pour vouloir adopter un enfant? Un voleur d’avenir? Un pilleur de jeunesse (une des rares richesses du pays)? Un égoïste colon qui vient satisfaire un de ses nombreux caprices? Ou encore un être humain qui ne se résout pas à laisser des enfants mourir dans la misère? Pendant que dans les magazines certains « people » exhibent sans complexes leurs « bébés exotiques » comme des trophées de chasse, les dossiers de plus anonymes eux, s’entassent depuis des mois et pour certains même des années, sur des bureaux encombrés et débordés. Procédures erratiques incompréhensibles, décisions arbitraires paralysantes, corruption locale et pratiques illégales parasitantes, le délicat et difficile sujet de l’adoption d’enfants à l’étranger a de multiples raisons de faire couler l’encre. Et si on essayait d’y voir plus clair, de prendre le problème dans son ensemble pour tenter d’y comprendre quelque chose? Toujours prêt à venir nous causer des choses qui fâchent avec intelligence et humanité, tout comme il avait su le faire avec son L627 ou plus récemment CA COMMENCE AUJOURD’HUI, Bertrand Tavernier a choisi cette fois de coller sa caméra aux baskets d’un jeune couple d’adoptants, dans un Cambodge qui n’a rien à voir avec les traditionnels dépliants touristiques.

Touchante histoire d’amour, formidable film d’aventures humaines, bouleversant mélo, entre documentaire et fiction, HOLY LOLA est un peu de chaque et tout ça à la fois. Généreux et entier, une fois de plus Tavernier nous gâte et nous amène à la réflexion, en nous offrant une jolie tranche de cinéma citoyen, honnête et engagé. Si ses personnages sont fictifs, toutes les épreuves physiques et émotionnelles qu’ils traversent, leurs inquiétudes et faiblesses, leurs interrogations et contradictions, elles, sont bien réelles. Derrière chaque plan, on devine l’abondante moisson d’histoires vraies et la brassée de témoignages précis qui ont servi de terreau au scénario qu’il a cosigné avec sa fille et son gendre; tout comme derrière chaque image, transpire l’implication personnelle de chacun sur le tournage. Avec lucidité et sans misérabilisme HOLY LOLA, nous plonge aussi dans le chaos d’un pays blessé où derrière leurs sourires de façade, les gens ont encore le coeur brisé, préférant aux longs discours, la puissance et la force d’images qui ne trichent pas.

Emu ou étonné, agacé ou indigné, quel que soit notre point de vue et notre sensibilité face à l’adoption, ce film qui a le mérite de remettre les pendules à l’heure par rapport au sujet sans jamais donner de leçons, fait partie de ces trop rares moments de cinéma intelligent où l’on sort de la salle avec le sentiment d’avoir partagé quelque chose de fort et profond. A adopter sans hésiter, rien que pour la magnifique prestation de Jacques Gamblin et d’Isabelle Carré merveilleusement juste et spontanée.