Equipe:
Durée : 101′
Genre:
Date de sortie: 31/08/1999
Cotation:
Si vous avez manqué le début:
Willem Wallyn conduit son père, Luc Wallyn, à la première journée d’audience du procès Agusta – Dassault pour lequel il est inculpé aux côtés de divers hommes politiques. Parce qu’il a vertement remis à sa place un journaliste cynique, le dit journaliste attaque ouvertement Willem au journal télévisé de 13h00. Particulièrement meurtri dans son orgueil, Willem enlève le journaleux, bien décidé à lui faire rendre gorge en allant creuser dans sa vie privée. S’en suit une confrontation dont l’éthique sera pour un temps la principale victime.
Notre critique:
FILM 1 est une expérience cinématographique passionnante à plus d’un titre.
Un sujet fort mais au développement nuancé.
Traiter des dérives du journalisme est un pari risqué. Troisième pouvoir de plus en plus théorique, les médias sont de plus en plus souvent une arme supplémentaire aux mains des puissants (qui ne sont plus les gouvernants mais des patrons de transnationales) pour colorer le monde en des teintes par eux choisies, au mépris, si nécessaire, de la plus élémentaire déontologie. Le but n’étant plus d’informer, mais de divertir (càd endormir, panem et circenses) le plus grand nombre. N’oublions pas que l’information est devenue une marchandise comme les autres dont on attend la rentabilité maximum.
Willem Wallyn s’en sort plus qu’honorablement en évitant tout manichéisme (méchant journaliste et gentille victime). Il met en avant la fascination qu’exerce le projecteur médiatique sur l’individu, photophore attirant les phalènes soudain devenues folles, et opère un déstabilisant changement d’axe lorsque la victime se met à user des méthodes du journaliste pour fouiller la vie de ce dernier.
Il est important de souligner que le cadre de l’affaire Agusta-Dassault n’est ici que le point de départ de l’histoire et qu’elle tient parfaitement en dehors du curieux jeu de miroir réalité / fiction mis en place par le réalisateur. Saluons-le au passage pour n’avoir, apparemment, utilisé à aucun moment son film pour donner sa version des faits.
Des acteurs impeccables.
Ayant évité le piège de la caricature dans son scénario, Wallyn a maintenu le cap avec ses acteurs. Ils affichent un jeu intense qui s’exprime au gré de dialogues qui sonnent juste. Une mention particulière pour Herbert Flack, qui donne au personnage du journaliste une dimension humaine particulièrement saisissante (cf. la scène où il fouille une poubelle). Mention également pour le soin apporté aux seconds rôles qui apportent à l’ensemble leur part de crédibilité.
Un cadrage solide.
Si l’on peut questionner l’usage surabondant du ralenti pendant la première partie du film, pointons la qualité générale des cadrages, qui souligne avec pertinence le jeu des acteurs et ferait presque oublier que FILM 1 est tourné pour 3 francs, six sous en vidéo digitale gonflée en 35mm pour une diffusion en salles.
Cette combinaison de qualités fait de FILM 1 est un film belge qui ne ressemble pas à un film belge. On n’est pas dans le social des frères Dardennes, on n’est pas dans la vulgarité des production flamandes habituelles (DIEF, HOMBRES COMPLICADOS, BOYS), on n’est pas dans l’onirisme surréaliste d’un Jaco Van Dormael, on n’est pas dans le surréalisme carnassier d’un C’EST ARRIVE PRES DE CHEZ VOUS ou des CONVOYEURS ATTENDENT. On est ailleurs. FILM 1 propose quelque chose de différent et qui, malgré certains défauts, tient parfaitement la route. Rien que pour ça, il vaut la peine d’être vu.