Fast Food
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Fast Food, Fast Women

par Sylvie Jacquy
Publié: Dernière mise à jour le

Equipe:
Durée : 95’
Genre:
Date de sortie: 12/12/2000

Cotation:

4 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

La Fast Woman c'est Bella (Anna Thomson), la trentaine, serveuse. Elle rêve de fonder une famille mais son amant, un homme marié, ne semble pas décidé à changer de situation.
Et puis il y a sa mère qui lui propose de rencontrer quelqu'un d'autre sans trop d'illusions, histoire de changer d'air. Ce quelqu'un d'autre c'est Bruno (Jamie Harris), père divorcé et Don Juan invétéré, écrivain raté et accessoirement chauffeur de taxi.
Le Fast Food, c'est l'univers de Bella dont elle est un peu l'âme, tour-à-tour confidente ou bouc émissaire, selon l'humeur de ses clients.
Enfin, il y a ses habitués vieillissants qu'elle materne, refusant de servir l'un pour cause de cholestérol ou l'autre pour hypertension.
Mélangez tous ces ingrédients, ajoutez-y une dose de tendresse et d'ironie, mettez le tout à chauffer sous la chaleur d'un été new-yorkais et vous obtiendrez le dernier film d'Amos Kollek.

 

Notre critique:

Le plus new-yorkais des israëliens aurait-il retrouvé le sourire?

Il faut bien avouer que question moral, ses deux derniers films nous en avaient fichu un sacré coup. D’abord en 1997 avec SUE PERDUE DANS MANHATTAN (1ère collaboration avec Anna Thomson) puis un an plus tard avec FIONA, où il remettait le couvert avec la même égérie qui, cette fois, passait du statut d’alcoolique paumée à celui de prostituée droguée. Pour cette fois, même si il n’a pas renié les bonnes vieilles habitudes qui le caractérisent (films urbains bâtis autour de personnages défasés et d’une actrice fétiche), Amos Kollek renonce à ses portraits solitaires pour nous gratifier d’une mosaïque de personnages bizzaroïdes en forme de kaléidoscope, qui n’est pas sans rappeler le milieu de Paul Auster ou plus récemment Paul Thomas Anderson dans MAGNOLIA. New York devient alors une sorte de village où se croisent, parfois sans se voir, parfois pour un moment, cette galerie de portraits boîteux et solitaires.

Chacun à sa manière est à la recherche de l’âme soeur, de reconnaissance ou de tendresse.

« Assistante sociale » danseuse de peep-show, prostituée bègue, jeune frustré, vieil obsédé, Kollek a ce talent d’étudier à la loupe des personnages du quotidien qu’on ne remarquerait probablement pas si sa caméra n’était pas passée par là. Son sens de la dérision et ce ton doux/amer qu’il utilise pour découper ces tranches de vie en font bien plus qu’un simple marivaudage. C’est à nos propes peurs et névroses face à l’amour qu’il fait un clin d’oeil. On peut lui reprocher d’avoir donné à l’épilogue de son film des allures de sucrerie un peu trop rose, mais bon, pour une fois (et ce n’est pas coutume) qu’il fait confiance à la nature humaine, contentons-nous de déguster cette recette simple et succulente.