Eternité

Au vu du synopsis, il est aisé de comprendre qu’ETERNITE va nous proposer une gigantesque épopée française au travers d’un siècle de la vie d’une famille au travers de ses femmes et de ses veuves. Pourquoi pas? Finalement, le film généalogique existe depuis longtemps au même titre que le roman généalogique n’est pas nouveau dans la littérature.

D’ailleurs, ETERNITE est inspiré du roman “L’élégance des veuves” de Alice Ferney, dont les préoccupations sont souvent la féminité et la maternité. Adapté par le vietnamien Tran Anh Hung, à qui l’on doit les excellents L’ODEUR DE LA PAPAYE VERTE ou CYCLO, le roman est donc l’occasion de faire la part belle aux femmes et aux destins de femmes, le tout servi par un triplé d’actrices au charme et au talent indéniable.

Alors que tout pourrait être le mieux dans le meilleur des monde, ETERNITE passe hélas largement loin du film à conseiller, plongeant dans le mélodrame appuyé avec délectation (la musique orchestrale est par moment insupportable), et s’épanouissant avec plaisir à décrire une époque où les femmes n’étaient là que pour enfanter. Et si, pour ce dernier point, il n’est pas interdit à un film de décrire un état de fait, on aurait quand même aimé un point de vue plus critique sur cette histoire de trois générations de femmes soumises, surtout au 21e siècle.

Hélas, il n’en est rien (mais peut-être faut-il se rappeler les prises de positions de Alice Ferney sur la loi du mariage pour tous en France, pour mieux comprendre) et ETERNITE passe très vite pour un film sexiste au lieu d’être un film ouvert sur les problèmes des femmes à ce moment-là. Et qui plus est, le cinéaste, au lieu de créer une dynamique propice à la réflexion, joue plutôt à l’imagerie à la Terrence Malick (dans le mauvais sens du terme) ou à IN THE MOOD FOR LOVE (mais sans utiliser cette forme à bon escient).

Et malheureusement, toute la force de conviction que mettent Mélanie Laurent, Audrey Tautou et Bérénice Bejo dans leur rôle respectif ne parvient pas à relancer l’intérêt du film plus loin que l’imagerie un peu surannée que véhicule ETERNITE.

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