Dune

Dune

par Thibault van de Werve

Equipe: Denis Villeneuve
Durée : 155’
Genre: Film de science-fiction
Date de sortie: 15/09/2021

Cotation:

5 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

Dans un futur lointain, la guerre fait rage entre familles de l'empire. Lorsque Leto Atréides est assassiné, son fils Paul s'allie aux mystérieux Fremen pour contrôler la production d'Epice et percer les secrets d'Arakis, la planète Dune.

 

Notre critique:

Quelle arlésienne Dune au cinéma! La tentative de Jodorowsky, le film de Lynch, la mini-série du début des années 2000 sans mentionner d’autres initiatives qui n’ont jamais vu le jour, bon nombre s’y sont essayé mais peu ont réussi avec un résultat convaincant. Voici qu’en 2021 arrive une nouvelle adaptation cinématographique, plus de deux ans après le début du tournage. Ce projet est le premier de ce qui est censé être un diptyque mais, tant que le premier film ne sera pas sorti et n’aura pas connu un succès satisfaisant, le second volet n’obtiendra pas son feu vert. Autant dire que ce qui va suivre à partir de la sortie est primordial.

Dans les réalisateurs actuels, il y en avait peu qui pouvaient prétendre se lancer dans un projet de cette ampleur. La pression est énorme, les budgets aussi, autant dire qu’il n’y en a pas beaucoup qui bénéficient du crédit nécessaire afin de prétendre au Graal. Après avoir réalisé BLADE RUNNER 2049, Denis Villeneuve était le candidat idéal. C’est un fan de science-fiction, il a démontré à plusieurs reprises s’en sortir à merveille dans le genre (il ne faut pas oublier le magistral ARRIVAL) et Dune est son adaptation rêvée. Le projet qu’il aurait aimé réaliser si on lui en donnait les moyens. Bref, sur papier, le québécois était taillé pour le rôle. Allait-il transformer l’essai?

L’histoire est celle de Paul Atreides, jeune homme aussi doué que brillant, voué à connaître un destin hors du commun qui le dépasse totalement. Car s’il veut préserver l’avenir de sa famille et de son peuple, il devra se rendre sur la planète la plus dangereuse de l’univers – la seule à même de fournir la ressource la plus précieuse au monde, capable de décupler la puissance de l’humanité. Tandis que des forces maléfiques se disputent le contrôle de cette planète, seuls ceux qui parviennent à dominer leur peur pourront survivre…

Les romans de Frank Herbert sont denses et la saga comprend de nombreux volumes. Autant dire qu’il y a de la matière à exploiter. Le choix de Denis Villeneuve s’est porté sur les deux premiers romans, « Dune » et « Le Messie de Dune ». L’introduction de cet univers était primordiale pour les spectateurs novices de l’univers d’Herbert. Il fallait présenter la planète Arrakis, les Fremen, la maison Harkonnen , la maison Atréides, les différents enjeux politiques sans oublier le Bene Gesserit. Si tout ceci vous semble confus, pas d’inquiétude, c’est plutôt bien expliqué dans le film.

DUNE

On peut tout de même parler de la planète Arrakis et sa richesse: l’épice. C’est la ressource qui se vend le mieux, celle grâce à laquelle les Harkonnen se sont enrichis aux détriments de Fremen, les habitants natifs de la planète. Le jour où l’Empereur ordonne aux Harkonnen de quitter la planète et de laisser le contrôle de l’exploitation de l’épice à la maison Atréides, les choses vont sacrément s’envenimer. Ça, c’est l’histoire très simplifiée. 

L’histoire est assez complexe mais on rentre facilement dedans. Sa richesse en personnages n’est pas un obstacle à sa compréhension tellement les scénaristes, la mise en scène de Villeneuve ainsi que le montage rendent ça clair. L’histoire de DUNE a toujours été assez passionnante, ce qui explique les relatifs succès de ses différentes adaptations (oui, même la mini-série de 2000 dont les effets spéciaux ont aujourd’hui très mal vieillis). Il y a de l’aventure, des grandes dynasties, des conquêtes, des enjeux géopolitiques, de l’amour et bien d’autres encore. Bref, ce sont les grands axes de toute bonne histoire épique.

Et dieu sait que du souffle épique, DUNE en est rempli. Villeneuve, avec son chef opérateur Greig Fraser, se sont fait plaisir. Ils ont l’occasion de montrer de grands espaces, des bâtiments imposants, des scènes d’action et batailles époustouflantes tout en y infusant tout un côté mystique grâce au Bene Gesserit. Tous les ingrédients nécessaires sont là et parfaitement exploités. Car oui, c’est bien d’avoir les éléments à sa disposition, encore faut-il bien les utiliser. Villeneuve sait ce qu’il veut. Que ce soit au niveau de la direction artistique, des effets spéciaux ou de son découpage. Tout est très clair dans sa tête et on sent tout le travail mis en œuvre pour obtenir un résultat à la hauteur. Son niveau d’exigence est élevé et cela se ressent à chaque plan, rien n’est de trop, rien ne dépasse. La qualité des décors et des costumes est du même acabit. Chaque maison, chaque personnage est facilement identifiable de sorte à grandement faciliter la tâche aux spectateurs. Le sens du détail!

Côté musique, Hans Zimmer fait du Zimmer, avec tout le meilleur et le pire. Ceux qui n’aiment pas son style pompier n’aimeront pas plus ce qu’il fait ici pour DUNE. Ses compositions sont pourtant plus subtiles qu’il n’y parait et ne se contentent pas d’utiliser les gros bruits lourds qui ont fait sa marque de fabrique depuis INCEPTION

Autre remarque plus négative, le manque d’émotion. Ce n’est pas toujours le point fort de Villeneuve bien qu’il ait fait des choses remarquables en terme d’émotions (notamment dans INCENDIES ou ARRIVAL). Alors qu’il a clairement le potentiel pour atteindre des sommets à ce sujet là aussi, Villeneuve n’y arrive que partiellement dans DUNE. 

DUNE

Pour terminer, impossible de ne pas parler du casting. Cela arrive régulièrement que l’on parle de casting de luxe ou de casting 5 étoiles dans les critiques. Ici, c’est bien au-delà. Le rôle principal, celui de Paul Atréides, est interprété par Timothée Chalamet. Certes il a déjà eu des premiers rôles mais rien de cette ampleur et de cette ambition. Chalamet démontre qu’il a les épaules pour remplir cette tâche et évite de trop tomber dans ses travers habituels d’adolescents torturés. Sa partenaire de jeu principale est Rebecca Ferguson, qui incarne Lady Jessica la mère de Paul. Elle le fait déjà très bien dans les MISSION IMPOSSIBLE et elle confirme dans DUNE ce talent pour jouer dans des rôles exigeants physiquement mais qui ont également une grande part de jeu pur. On ne va pas décrire en détail les rôles et les performances de chacun mais citons tout de même les principaux comédiens du film qui, tous, font de l’excellent travail ou ont un rôle taillé sur mesure comme c’est le cas de Charlotte Rampling, Jason Momoa ou encore Josh Brolin. A leurs côtés, Oscar Isaac, Zendaya, Javier Bardem, Sharon Duncan-Brewster, David Datmalchian, Dave Bautista, Stellan Skarsgaard, Stephen McKinley-Henderson ou encore Babs Olusanmokun sont tous excellents. Moma surprend, Duncan-Brewster impressionne, Bautista et Datmalchian confirment bref, ce n’est que du plaisir pour les yeux de voir de pareils comédiens. 

On va s’arrêter là. Pour ma part, DUNE fut un véritable plaisir. Voir Villeneuve parvenir à réaliser cette fresque épique qu’on attendait tant et avec la manière, c’est réconfortant déjà mais aussi et avant tout une grande joie. Est-ce un des meilleurs films de science-fiction de ces dernières années? Très certainement et l’avenir nous le confirmera très vite. En attendant, on n’ose pas imaginer que le second volet ne soit pas confirmé donc, fans, rendez-vous au cinéma pour en prendre plein la vue grâce à ce DUNE 2021 signé monsieur Denis Villeneuve. Amen.

 

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