Accueil Critiques Dong gong xi gong

Dong gong xi gong

par Jean-Dominique Quinet
Publié: Dernière mise à jour le

Titre français : East Palace, West Palace

Equipe:
Durée : 90’
Genre:
Date de sortie: 18/08/1998

Cotation:

4 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

Deux hommes. A-Lan le policier et Xiao-Shi l'écrivain homosexuel. Le premier arrête le second aux alentours de la Cité Interdite. La nuit tombe. Xiao-Shi parle. Il raconte sa vie cachée, évoque ses passions, ses déceptions et ses peurs. A-Lan n'écoute pas. Du moins au début, car, peu à peu, il s'attache aux paroles et à l'homme assis devant lui, les menottes au poing. L'homme qui, progressivement, prend consistance, et finirait presque par être attirant...

 

Notre critique:

Petite incursion dans l’argot chinois. EAST PALACE WEST PALACE est un terme utilisé par les homosexuels pékinois pour désigner les toilettes publiques bordant la Cité Interdite. Ce lieu est leur point de rencontre favori.

rn

L’image des toilettes sales et vides entre en résonance avec l’atmosphère du film, noire, sans concession. C’est le premier film gay du cinéma chinois. C’est un film underground. Et pour cause: là bas, toute déviance sexuelle est sévèrement réprimée par des autorités qui n’hésitent plus sur les moyens à mettre en oeuvre. Rappelez-vous Tien’anmen. Dans ce pays décidément facho, les homos vivent terrés et ne sortent que la nuit. Les rencontres sont furtives. On baise sur un banc dans un parc désert. On fuit les rafles. On est du bétail malade que l’Autorité veut abattre.

rn

Zhang Yuan aborde le sujet sous un angle particulièrement lugubre. Son réalisme froid peut choquer le spectateur européen. Nous avons l’habitude (ou, en tout cas, l’ouverture d’esprit) de parler de sexe ouvertement. Confronté à un univers aux tabous sérieusement ancrés, on perd un peu les pédales, au risque de se méprendre sur les intentions du réalisateur. Yuan ne dénonce pas l’homosexualité. Il dénonce le paradoxe d’une société qui autorise des jeunes gens à se tenir par la main et à coucher dans le même lit, mais qui, dans un même temps, réprime violemment le concept d’homosexualité.

rn

L’image est particulièrement soignée, comme pour faire oublier la dureté du contenu. La caméra est souple, les lumières léchées. Les deux acteurs tiennent le film à bout de bras. Leur interprétation est époustouflante. L’intensité de leur regard transforme le huis clos en un terrible jeu d’attraction-répulsion.

rn

Zhang Yuan a eu beaucoup de mal à terminer le tournage. Le gouvernement l’a menacé à plusieurs reprises. On lui a finalement enlevé tout subside. Le film doit sa sortie européenne à une sélection officielle au Festival de Cannes en 1997. N’empêche qu’en 98, la Chine a fait pression sur le jury cannois et a obtenu le retrait de la compétition de KEEP COOL, le dernier long métrage de Yuan. Dur dur, la vie d’artiste au pays du bonheur communiste !

rn

La plupart se rangent sous les drapeaux nationaux. Yuan, tel un héros solitaire, se bat. Il accuse. Il explique.
Face aux pitreries d’un Richard Gere qui se prétend militant (voir Red Corner, ou plutôt, ne pas voir RED CORNER), on apprécie la justesse et le réalisme étouffant de EAST PALACE WEST PALACE. Les Américains ont la désagréable habitude de s’approprier les combats des autres. Et de le déformer en faire-valoir. Mais tous les dollars du monde ne remplaceront jamais la sincérité d’une expérience vécue. Hélas.