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Die Stille Nach Dem Schuss

par Sylvie Jacquy
Publié: Dernière mise à jour le

Titre français : Les Trois Vies De Rita Vogt

Equipe:
Durée : 111’
Genre:
Date de sortie:

Cotation:

4 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

Dès la première scène du film le ton est donné, un hold-up, des propos anti-capitalistes scandés par les braqueurs et l'Internationale en fond sonore. Début des années 70, Allemagne de l'ouest, nous sommes dans la première vie de Rita Vogt. Avec ses camarades gauchistes, elle veut changer cette société qu'elle méprise et refaire le monde à coups de slogans radicaux et armes à la main. Terroriste recherchée, ennemie publique traquée à la suite du meutre d'un policier, elle fuit et se réfugie de l'autre côté du mur. La Stasi (police politique de la RDA) qui la considère comme une "amie", lui offre la possibilité de rentrer dans le rang avec une nouvelle identité.

Deuxième vie de Rita Vogt: elle sera Susanne Schmidt, ouvrière dans une usine de textile, secrète et solitaire, exemplaire et appliquée, jusqu'à en devenir suspecte. Son passé la rattrape, Susanne alors devient Sabine Walter, veuve et assistante sociale dans une entreprise ferroviaire. Cette troisième vie pourrait enfin la faire oublier mais le "rideau de fer" tombe et le mur s'effondre. Seule dans une Allemagne qui se réunifie sans elle, l'ex-ennemie publique n'est plus l'amie de personne, juste une apatride.

 

Notre critique:

Avec ce film, le réalisateur du TAMBOUR (palme d’or à Cannes en 1979) renoue avec sa thématique la plus chère: l’histoire contemporaine de l’Allemagne. Après un long exil aux Etats-Unis, il décide de rentrer au bercail au moment de la chute du mur de Berlin qui lui inspirera ce scénario dont personne ne voudra à l’époque, événements politiques et période confuse obligent. Il se consolera en tournant LE ROI DES AULNES, une superproduction européenne qui, il faut bien l’avouer, n’a pas laissé un grand souvenir dans nos mémoires cinéphiles. Sa nomination en 1992 à la tête de la direction des studios Babelsberg (studios de cinéma de l’ex-RDA) l’éloignera de la réalisation. Volker Schlöndorff n’a jamais caché ses opinions politiques et sa position vis à vis de la vague de terrorisme qui a touché l’Allemagne de 1968 à 1972, que ce soit via ses films (L’HONNEUR PERDU DE KATHARINA BLUM) ou des campagnes contre les conditions de d’emprisonnement des activistes de la RAF (Rote Arme Fraktion). En 77, il organise même une rencontre en prison entre Andreas Baader et Jean-Paul Sartre. Baader et ses camarades se suicideront peu de temps après.

Si Rita est un personnage de synthèse inventé qui fait référence aux figures marquantes de la « Bande à Baader », aux souvenirs du réalisateur mêlés à ces vingt années cruciales de l’histoire allemande, elle n’en est pas moins une (anti)-héroïne de chair et humaine. Interprétée par Bibiana Bergiau (Ours d’argent à Berlin ex-aequo avec Nadja Uhl), elle est, au delà de ses exactions commises, une jeune femme romantique et idéaliste à l’extrême. Engagée et égarée, elle poursuit un absolu comme elle insaisissable. On peut reprocher à Schlöndorff son parti pris plus affectif que politique dans cette histoire esthétiquement austère et dépouillée, car si les questions posées sont nombreuses, les réponses y sont quasi-absentes et l’ellipse fréquente. LES TROIS VIES DE RITA VOGT a malgré tout reçu un trés bon accueil à l’est comme à l’ouest de cette Allemagne réunifiée, bousculant les stéréotypes et les idées préconçues que chacun pouvait avoir sur le terrorisme ou l’image d’Epinal de la chute du mur de Berlin. C’est aussi une occasion de (re)découvrir le cinéma allemand absent depuis longtemps de nos écrans.