Equipe:
Durée : 108′
Genre:
Date de sortie: 25/08/1998
Cotation:
Si vous avez manqué le début:
L’avenir dans une ville de province. Andréa travaille dans une friterie. Il partage son temps libre entre ses deux passions: le kart et Laure. Laure, elle veut se tirer de là, réussir à tout prix. A n’importe quel prix. Elle n’hésite pas un instant quand Andréa lui présente David et Romain, deux prétendus photographes de mode. En réalité, des fils de bourgeois friqués jusqu’à l’os qui rêvent de tourner un film porno. Qu’importe puisque pour Laure, la liberté n’a pas de prix: elle part à Nice et emmène Andréa, le bon copain, ébloui par le luxe. Elle le charge d’assurer sa sécurité. Mais Andréa disjoncte sérieusement quand il surprend Laure et David ensemble.
Notre critique:
DEJA MORT. Un titre qui résonne comme une sentence définitive et sans équivoque. Deux mots qui annoncent le pire et qui donnent le ton.
rnDEJA MORT nous plonge dans l’univers déjanté d’une improbable jeunesse dorée niçoise. Là où le fric est roi, les villas luxueuses, les piscines bleues, idylliques, les nanas pulpeuses et faciles. La coke, l’héroïne et les hallucinogènes se consomment couramment. Faut dire que l’argent seul ne protège pas de l’inactivité. Etre en perpétuel déphasage, sous influence, ça raccourcit vachement les journées. Ca aide à passer le temps…
rnQu’on ne s’y trompe pas, DEJA MORT n’est ni un film sur la drogue, ni un film sur le porno. Ce n’est pas non plus une de ces productions opportunistes tablant sur des sujets à la mode pour décrocher la timbale (rappelez-vous du très mauvais CLUBBED TO DEATH, déchaînement de sexe et de drogue, sans but et sans passion). Olivier Dahan, dont c’est le premier long métrage, est sincère et direct. Il utilise la drogue et le sexe comme révélateur du mal de vivre de ses personnages. Le moteur, c’est le vide existentiel dans lequel est plongée la jeunesse d’aujourd’hui, l’absence des parents, la pression de la société, suspendue au-dessus de la tête des adolescents, suicidés d’avance. Non. DEJA MORT est tout, sauf gratuit.
rnEn France, Dahan est le premier à porter à l’écran l’univers du romancier américain Bret Easton Ellis. Ellis est l’auteur de American Psycho, thriller gore dément, mettant en scène un yuppie très agité côté caboche. Il a aussi signé Les lois de l’attraction et Moins que zéro, deux romans qui passent au crible la jeunesse dorée de Los Angeles. Ellis s’impose comme un maître dans l’art de décrire les tourments de personnages confrontés au grand rien de l’existence. Aux USA, il a été adapté par Gregg Araki. DOOM GENERATION, NOWHERE et TOTALLY FUCKED UP forment une trilogie sans concession. Pour figurer l’absence, Araki utilise la métaphore, qu’il pousse jusqu’au grotesque. Dahan, lui, privilégie le réalisme. Il remonte ses manches et aborde son sujet de face. Il filme sans compassion les déambulations hallucinées d’Andréa, les frayeurs de David qui tente vainement de protéger sa soeur cadette, et les coups de sang de Romain. Il a le sens du rythme, et structure habilement les errances de ses personnages. Dahan s’est fait la main sur des clips musicaux. On en retrouve l’énergie et la virtuosité.
rnIl profite également d’un casting infaillible, en tête duquel on découvre Clément Sibony (Andréa) dans un rôle complexe et torturé. Il l’assume jusqu’au bout, sans jamais faillir. A ses côtés, Romain Duris (Gadjo Dilo), et surtout le bouleversant Benoît Magimel, déjà vu dans LES VOLEURS. Il crève l’écran. On le reverra, c’est sûr. Celle qui tourne la tête à tous ces mâles, c’est Zoé Félix. Son premier rôle: sa fraîcheur de débutante et sa souplesse d’interprétation sont naturelles et touchantes.rn
Olivier Dahan est aussi scénariste. Ses personnages sont complets. Ils ne sombrent pas dans la caricature. Il construit un crescendo implacable, qui nous mène droit jusqu’au point de rupture. C’est là que le bât blesse. Alors que les événements s’emballent, Dahan choisit de laisser planer l’ambiguïté sur leurs résolutions. Dommage, car il passe sous silence des éléments importants, qui pouvaient nous donner la clé de certains de ses protagonistes, David en tête. Frustrant, mais heureusement pas trop grave.
rnDEJA MORT est un film marginal. Une première dans son genre, une réussite. Le film est entraînant et a le mérite de triturer dans les choses sales. Il nous renvoie en pleine figure certaines de nos responsabilités. Dahan tape juste et il le sait. Il est sincère. Il s’inquiète. Il a raison…Mais le seul problème c’est qu’on se demande s’il ne pêche pas par manque d’inventivité, tant tout ce qu’il montre reprend les clichés trop usés des américains à propos de la jeunesse de Beverly Hills.
rnDommage pour du cinéma-vérité…