Crimes of the Future

Crimes of the Future

C’est en 1970 que David Cronenberg réalise un moyen métrage intitulé CRIMES OF THE FUTURE. En 2022, c’est un long métrage homonyme qui est présenté à Cannes en compétition. Si il y a un lien entre les deux, il reste très symbolique, l’histoire étant assez différente et surtout adaptée à notre monde moderne tenant compte de l’évolution de la société depuis plus de 50 ans.

CRIMES OF THE FUTURE version 21e siècle aborde des thématiques qui ont toujours été chères à David Cronenberg depuis ses tous premiers films. L’évolution de l’humain au travers d’une métamorphose de la chair, la sexualité ou encore l’expérimentation sur le corps humain sous-tendent des problématiques qui touchent notre monde tel que le transhumanisme, les mutations, la pression de sélection et la pollution.

En faisant ce « remake », David Cronenberg retourne à ses anciennes amours, se rapprochant sur la forme de EXISTENZ et de ses films des années 90 (CRASH, NAKED LUNCH), et revenant sur le fond aux films de ses débuts VIDEODROME, RABID, CHROMOSOME 3.

Sur la forme, il mêle donc les chairs et les machines notamment avec l’étonnant fauteuil « médical » qui soigne son héros, Saul Tenser, en le palpant constamment pour lui éviter les douleurs insoutenables dues à sa métamorphose. On y retrouve les formes et l’aspect des manettes de jeux de EXISTENZ. Sur le fond, Cronenberg assemble ses obsessions: la croissance de la chair sous forme de nouveaux organes (les excroissances de CHROMOSOME 3), l’utilisation du corps humain comme dépositaire d’objets de l’extérieur (VIDEODROME) et la douleur de la chair comme source de sexualité et d’érotisme (CRASH).

Mais au-delà de ces préoccupations traditionnelles, il y a dans CRIMES OF THE FUTURE une dimension passionnante qui prouve, si besoin était, que malgré son âge (Cronenberg a 79 ans), le réalisateur canadien a toujours une vue très précise de son époque. Car son sujet principal est l’adaptation de l’homme à son environnement pollué. C’est en développant de nouveaux organes que l’être humain va pouvoir répondre à la pollution environnante, notamment au problème des déchets plastiques qu’il va pouvoir digérer. Science-fiction? Oui et non. Cronenberg s’inspire dans son raisonnement de certaines découvertes sur la pression de sélection qui influe directement sur le phénotype des animaux (ex. les éléphants qui ne développent plus de défenses suite aux tueries qu’ils subissent pour le trafic d’ivoire, les sardines ou les saumons qui deviennent plus petits pour échapper aux filets des pêcheurs, etc). Il part de ces faits scientifiques pour développer une théorie de science-fiction crédible.

Et comme d’habitude chez Cronenberg, le casting est parfaitement choisi, rendant réaliste les scènes les plus incroyables. Il retrouve pour la cinquième fois Viggo Mortensen en passe de devenir son acteur fétiche. Il profite de la sensualité à fleur de peau de Léa Seydoux (NO TIME TO DIE) pour incarner la sexualité qui se dégage du film et joue avec le côté mystérieux, fragile et mal à l’aise de Kristen Stewart (jouant Lady Di dans SPENCER) pour accentuer le côté thriller dramatique de CRIMES OF THE FUTURE.

Avec ce 19e long métrage de sa carrière et 8 ans après MAPS TO THE STARS, David Cronenberg rassure ses admirateurs et provoque tous les autres toujours autant, montrant qu’il ne quittera jamais ses obsessions qui font de lui un des grands réalisateurs de cinéma de genre.

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