Titre français : Comment J'Ai Tué Mon Père
Equipe:
Durée : 100′
Genre:
Date de sortie: 18/09/2001
Cotation:
Si vous avez manqué le début:
La quarantaine épanouie, gérontologue respecté et notable respectable, Jean-Luc a le profil type de lhomme à qui tout a réussi. Sur le plan professionnel sa clinique privée ne désemplit pas et le riche troisième âge sy bouscule pour sy faire prescrire des pilules de jouvence, tandis que côté vie privée il sest construit un petit univers où tout son entourage est à son service. Une femme belle et intelligente admirative de sa réussite, un frère homme à tout faire, serviable et fidèle et une maîtresse dévouée et discrète, orchestrent sa petite existence réglée comme du papier à musique. Mais voilà quau beau milieu dune élégante garden-party en son honneur, débarque sans prévenir Maurice, son père quil na pas revu depuis plus de 20 ans. Comme un fantôme ressurgi du passé, le vieil homme qui ne manifeste aucun remord ni regret, va faire voler en éclats le bonheur trompeur et lunivers artificiel de son fils, réveillant bon nombre de ressentiments et de douleurs que tous les deux avaient enfouis.
Notre critique:
COMMENT JAI TUE MON PERE est un film à haut suspense psychologique. Comme elle lavait déjà si bien fait pour NETTOYAGE A SEC, Anne Fontaine explore à nouveau le thème de lintrus qui vient bousculer les petites habitudes et les vies millimétrées. Sans condamner ni juger, avec une précision quasi chirurgicale, elle dissèque les petites blessures et les grandes fractures familiales. Ici cest le retour dun père absent et oublié, vieil homme étrange et ironique, qui vient semer le trouble et poser les questions dérangeantes. Pourquoi a-t-il disparu sans explications ? Que signifie son retour sans excuses ni justifications ? Au delà du trouble et de lambiguïté des retrouvailles avec son fils, ce sont les thèmes du poids des racines, de lhéritage génétique, des liens imposés et de ceux que lon se crée qui sont mis à nu et analysés. Entre fantasme et réalité, laissant le doute planer en permanence, ce film est une mise en état de choc pour les personnages mais aussi pour nous spectateurs. En choisissant de ne pas y apporter dinterprétations et décarter tout point de vue moral, la réalisatrice nous oblige à projeter notre imaginaire et à superposer notre propre vécu pour trouver des éléments de réponse et se forger une opinion.
Bien écrit et filmé, cet intrigant et dérangeant portrait de famille est également porté par des acteurs sincères et irréprochables. Du haut de ses 76 ans, le trop rare Michel Bouquet (qui avait délaissé depuis plusieurs années le cinéma pour le théâtre), simpose comme un maître à jouer et nous transperce de son regard énigmatique dans une interprétation magistrale. Charles Berling, acerbe et torturé, confirme que cest bien dans les rôles les plus complexes quil est le plus savoureux. Quant à Natacha Régnier tel un papillon sorti de sa chrysalide, sa métamorphose en bourgeoise froide et réservée est tout bonnement surprenante et magnifique. Lentement et tout en retenue, sans pathos et avec beaucoup de pudeur, COMMENT JAI TUE MON PERE est un drame bouleversant et intense qui remue et dont on ne sort pas indemne. Claustrophobes sabstenir. Pour les autres on ne saurait trop vous conseiller de respirer une grosse bouffée dair frais avant de rentrer dans la salle.
