Chunhyang
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Chunhyang

par Sylvie Jacquy
Publié: Dernière mise à jour le

Titre français : Le chant de la fidèle Chunhyang

Equipe:
Durée : 120’
Genre:
Date de sortie: 14/08/2001

Cotation:

4 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

Dans la Corée féodale du XVIIIème siècle, Mongryong fils d’un gouverneur de province, dès le premier regard tombe éperdument amoureux de la pure et radieuse Chunhyang. Il est noble, elle est la fille d’une ancienne courtisane et bien sûr les barrières sociales rendent leur amour impossible. Pourtant bravant les interdictions les deux tourtereaux se marient en secret. Mais le destin les frappe et Chunhyang se retrouve vite abandonnée par son jeune amant, obligé de suivre son père appelé à de hautes fonctions à la cour du roi. Face à la douleur de cette séparation ainsi que l’acharnement brutal et cynique du nouveau gouverneur à son égard, la jeune femme saura t’elle tenir le serment de fidélité fait à son époux avant son départ.

 

Notre critique:

Un homme, une femme, chabadabada, elle court, elle court la maladie d’amour…C’est vrai que raconté sous cet angle on a tout lieu de penser que l’on est en présence d’une love story à l’eau de rose façon soap-opéra à la mode asiatique. Mais LE CHANT DE LA FIDELE CHUNHYANG est tout sauf une pâle bluette, cette légende que tout le monde connaît en Corée appartient à une tradition quasi sacrée élevée au rang de patrimoine national, le pansori. Il s’agit d’un art scénique où un interprète solitaire accompagné d’un unique tambour, déclame et décline à l’infini pendant des heures les mille et unes péripéties d’une fable dans une sorte de transe semi-chantée. Pour nos yeux et nos oreilles d’occidentaux peu avertis l’adaptation cinématographique d’un tel concept a de quoi dérouter et les premiers plans du film d’une rare austérité ne sont faits pour nous rassurer.

Mais si le nom de Im kwon-taek n’évoque rien sous nos latitudes, il faut savoir que dans son pays ce dernier est considéré comme l’un des chefs de file du cinéma. Il faut dire qu’un palmarès de près de 100 films ça force le respect, même si jusqu’à ce jour seulement un de ses titres (LA CHANTEUSE DE PANSORI) a été distribué dans nos salles frileuses. En choisissant d’adapter à l’écran l’un des plus célèbres textes de pansori déjà maintes et maintes fois exploité en Corée, il confirme sa passion pour cet art populaire et se lance le défi de la faire partager en le rendant accessible et compréhensible de tous. Et c’est bien là que se situe la force et la grande réussite de son film, car, ce qui dès la première scène nous apparaissait comme un artifice à la limite du supportable, va progressivement se transformer en quelque chose de presque familier capable de dégager des émotions multiples. Crescendo, construites entre équilibre gracieux et alchimie subtile, la narration et la mise en scène se croisent, se mêlent et se répondent avec grâce et élégance. Les plans de chant filmé et les images de l’histoire romanesque s’enchaînent d’une manière surprenante mêlant poésie, couleurs chatoyantes, décors et costumes somptueux dans des séquences d’une rare beauté. Globe-trotters des salles obscures ou curieux du 7ème art, ce film est une invitation vers un voyage enchanté à condition de bien vouloir se laisser guider vers un dépaysement total et d’oublier l’espace d’un film nos codes et nos références cinématographiques.