Chocolat

Quatrième film de Roshdy Zem derrière la caméra, CHOCOLAT, à l’instar de OMAR M’A TUER, s’inscrit dans les films plus dénonciateurs de l’acteur/réalisateur. Avec ce sujet, Roshdy Zem dénonce les effets d’un racisme ambiant à la fin du 19e siècle alors que l’on sortait à peine de l’esclavage et où bon nombre de personnes voyaient dans les noirs les représentants d’un peuple sauvage et barbare (l’exposition des peuples africains dans le film en est un exemple cruel).

Mais l’intérêt de CHOCOLAT réside encore plus dans la façon dont le récit développe l’histoire de ce couple de clowns. Car si, au début, la naïveté du personnage interprété par un Omar Sy très inspiré est plutôt touchante et facilite son entrée dans le monde de la célébrité, c’est sa prise de conscience de son exploitation qui est la plus intéressante et qui est le réel point d’orgue du film.

C’est un intellectuel haïtien, Victor (interprété par Alex Descas), qui, lors du séjour de Chocolat en prison, va éveiller chez celui-ci la conscience de la manipulation de son entourage et de l’orientation raciste du numéro qu’il fait avec le clown Footit (interprété en forme d’hommage par le petit fils de Charlie Chaplin, James Thierrée). Et c’est à partir de là que Chocolat va se rebeller et tenter de faire valoir ses droits dans un monde qui n’est pas encore prêt à admettre qu’un noir puisse avoir des droits. Cette prise de conscience va l’entraîner vers sa chute (aidé en cela par une propension au jeu et à la boisson) et lui faire renier les gens qui l’ont aidé sans vouloir lui nuire. Bizarrement, Victor, le beau parleur, le revendicateur de l’ombre, disparaîtra au moment où Chocolat aura besoin de lui…

Très proche dans sa forme de VENUS NOIRE d’Abdellatif Kechiche (dans lequel jouait également Olivier Gourmet), CHOCOLAT pose de nombreuses questions tant sur la gloire et sur les discriminations que sur la façon de les gérer: n’aurait-il pas mieux valu pour Chocolat de continuer peu à peu à établir sa notoriété pour défendre les peuples africains au mépris du racisme basique qu’on lui faisait subir? Mais un homme jeté dans la jungle d’une France en pleine révolution industrielle pouvait-il en décoder les cruelles subtilités pour en profiter à son avantage?

Au final, CHOCOLAT est un biopic riche et intéressant qui propose de réfléchir une fois de plus sur notre jugement face à l’inconnu, sur notre peur des autres et notre propension à juger sur la mine plutôt que sur la qualité intrinsèque des êtres humains. Il y a encore beaucoup de chemin à faire…

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