Bowling For Columbine
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Bowling For Columbine

par Sylvie Jacquy
Publié: Dernière mise à jour le

Equipe:
Durée : 100’
Genre:
Date de sortie: 12/11/2002

Cotation:

5 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

20 avril 1999, c'est un matin comme les autres au pays de l'Oncle Sam. Le paysan laboure son champ, le laitier commence ses livraisons, le président déverse une pluie de bombes sur le lointain Kosovo et quelque part à Littleton dans le Colorado, deux écoliers jouent au bowling avant de partir comme tous les jours au collège. Plus tard dans l'enceinte de ce collège Columbine, fusils en bandoulière, ils ouvriront le feu sur leurs camarades. Après en avoir massacré une douzaine ainsi qu'un de leurs professeurs, ils finiront par se donner la mort. Oui, c'était un jour comme les autres aux Etats-Unis, ce pays où chaque année plus de 11000 personnes meurent tuées par balles, où il y a plus d'armes à feu en libre circulation que de téléviseurs et où certaines banques n'hésitent pas à offrir un fusil pour attirer les nouveaux clients. Mais pourquoi les Yankees ont-ils la gâchette si facile et s'entretuent-ils avec autant de rage et de passion? Caméra au poing, le plus trublion et politiquement incorrect des cinéastes américains part en guerre pour tenter de comprendre ses concitoyens et de répondre à cette question.

 

Notre critique:

Les apparences sont souvent trompeuses et ce n’est pas Michael Moore avec sa casquette de base-ball vissée sur les oreilles, sa bouille ronde et sa grosse bedaine de parfait Yankee qui nous fera dire le contraire. La carte de « membre à vie » de la National Riffle Association (gagnée du temps où il était petit et faisait des concours de tirs) glissée dans un informe baggy, le bonhomme a cette fois décidé de partir à l’assaut de l’Amérique des flingues et de la folie sécuritaire avec comme toujours pour uniques armes, sa caméra fouineuse et son humour noir faussement naïf mais véritablement dévastateur. De ROGER ET MOI où il s’en prenait à la politique sociale de General Motors en passant par THE BIG ONE (et son ébouriffant interview du patron de Nike) où il fustigeait contre l’ultra libéralisme galopant de son pays, les amateurs du phénomène Moore savent ô combien ce sacré empêcheur de tourner en rond qui filme sur tout ce qui bouge, ne mâche pas ses mots et a l’art et la manière peu orthodoxe de poser les questions qui grattent avec talent et efficacité.

Fidèle à sa méthode de démonstration par l’absurde, plus culotté et bétonné que jamais sur son sujet, avec BOWLING FOR COLUMBINE, Michael Moore fonce comme un bulldozer en roue libre et sans freins, prêt à tout pour faire avancer le chmilblic et tenter de comprendre et d’apporter des réponses au mal complexe qui gangrène la société de son pays. C’est l’histoire d’un mec qui se pose des questions simples et qui pour essayer d’y répondre multiplie les pistes, les rencontres et les genres. Entre un clip rappelant les interventions militaires de son pays et un autre montrant des excités de la gâchette (y compris un aveugle) faire des cartons, il mêle les happenings maison, les images d’actualité ou celles des caméras de sécurité, s’invite chez Marylin Manson ou encore chez Charlon Heston (lui offrant au passage son plus mauvais rôle) tout en nous offrant un formidable cours d’histoire sous la forme d’un époustouflant dessin animé façon SOUTH PARK.

Soufflant tantôt le rire et la dérision, tantôt le dégoût et la colère, on avance avec lui étape par étape, de gag en tragédie, d’interrogation en réponse dans ce cinglant et stupéfiant tourbillon de deux heures qui relève le courageux et impossible défi de nous faire réfléchir au pourquoi de cette violence tout en arrivant à nous divertir. Il y a 46 ans qu’un documentaire n’avait pas été présenté en compétition officielle au Festival de Cannes (ironiquement c’était LE MONDE DU SILENCE). En décernant son prix spécial du 55ème anniversaire à celui que la Maison Blanche a jugé officiellement dangereux, le jury ne s’y est pas trompé, prouvant et démontrant à ceux qui en doutaient encore que le cinéma qui dérange est absolument nécessaire et salutaire et pourquoi pas d’utilité publique. One more Moore.