Bon Voyage
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Bon Voyage

par Sylvie Jacquy
Publié: Dernière mise à jour le

Equipe:
Durée : 115’
Genre:
Date de sortie: 16/09/2003

Cotation:

4 sur 6 étoiles

Si vous avez manqué le début:

Paris Juin 1940, Frédéric un jeune écrivain naïf, se retrouve emprisonné à tord pour meurtre alors qu’il essayait d’aider et de protéger son ancien amour, la très belle et très manipulatrice actrice Viviane Denvert. Alors que l’ennemi est aux portes de la capitale et que le gouvernement français complètement débordé par les évènements décide de transférer les prisonniers en zone libre, il profite du chaos et de la cohue en pleine débâcle pour s’évader. Aidé par Raoul, un voyou sympathique, ils prennent la poudre d’escampette en direction de Bordeaux où tout l’establishment, ministres, artistes et grands bourgeois se sont réfugiés dans la plus grande pagaille. D’aventures en rencontres et en rebondissements, Frédéric y retrouve la fantasque Viviane désormais au bras du futur ministre de l’intérieur.

 

Notre critique:

Sophie Marceau, Audrey Tautou, Rupert Everett, Vincent Lindon… Au départ le casting de BON VOYAGE aurait dû ressembler à cette liste et puis problèmes de calendrier, refus des uns, hésitation des autres, bref tous les impondérables habituels du petit monde du cinéma ont fait que cette prestigieuse distribution a laissé place à une autre tout aussi étincelante. Or donc, nous voici en présence d’un casting de stars et d’un toile de fond historique pour le moins grave et troublée par des évènements pas franchement folichons. Du coup on se dit qu’il y a tout lieu de s’attendre à un grand mélo dramatique avec reniflements dans la salle ou à une reconstitution ripolinée à la seconde près digne de pouvoir illustrer nos vieux manuels d’histoire. Mais le fait de retrouver Jean-Paul Rappeneau aux commandes de cette superproduction hexagonale est en soit un indice pour rapidement se persuader qu’aucune de ces deux possibilités n’a pu être retenue par le réalisateur à moins d’un revirement complet de sa vision du cinéma.

En plus de 35 ans de carrière et seulement 7 films, Jean-Paul Rappeneau n’a jamais changé son fusil d’épaule, oscillant entre comédies menées tambour battant (LE SAUVAGE, TOUT FEU TOUT FLAMME) et adaptations de classiques (CYRANO DE BERGERAC, LE HUSSARD SUR LE TOIT). Après une très longue absence, il nous revient ici avec un scénario original co-écrit avec l’écrivain Patrick Modiano qui n’est pas sans rendre hommage aux comédies façon Lubitsch, Capra ou Cukor tant par son ton léger et alerte que par son rythme et sa forme menés à toute bringue et qui ne réservent aucun temps mort. Entre veille de déclaration de guerre et débuts de l’Occupation, BON VOYAGE s’amuse donc à suivre les aventures tragi-comiques d’une bonne dizaine de personnages dépassés ou indifférents aux événements, dont les destins individuels priment sur la grande histoire qui ne sert ici que de contexte propice pour jouer avec les confusions et la zizanie qu’ils sèment.

En pas moins de 1400 plans en 1 heure 50, à la manière d’un roman-feuilleton teinté de vaudeville, les portes claquent, les dialogues fusent, les mini-péripéties se multiplient en intrigues secondaires et coups de théâtre dans un tourbillon romanesque autour de tout ce petit monde sans cesse en mouvement. Dans ce film choral, Rappeneau ne cherche pas à juger, ni à nous donner des leçons. En faisant débuter et se terminer son film dans une salle de cinéma, en s’amusant à faire sur-jouer et pousser ses acteurs dans l’exagération (mention spéciale à Isabelle Adjani pour son auto-caricature), il annonce et assume clairement le principe d’artifice. « Tout ça n’est rien d’autre que du cinoche, du divertissement pur », semble être le leitmotiv de cette comédie où bons et méchants sont clairement identifiés dès le début et dont l’issue est un secret de polichinelle.

Certains adoreront s’engouffrer dans ce tourbillon de fantaisie et de bonne humeur en y trouvant l’effet d’une bonne dose de comprimés sur-vitaminés. En revanche les plus cérébraux amateurs d’émotion ou encore de suspens risquent d’être quelque peu déçus avec la désagréable impression d’assister à une représentation d’ « Au Théâtre Ce Soir » dopée à l’image de synthèse. Invraisemblable, drôle et ludique, BON VOYAGE n’a pas d’autre prétention que nous amuser sans se poser de questions, juste le temps de croiser De Gaulle en partance pour Londres et d’interrompre Pétain en plein conseil des ministres entre deux rebondissements rocambolesques. A vous de voir si tout ça sent la naphtaline.