As Bestas

As Bestas - Las Bestias

Dès la séquence d’ouverture du film -les aloitadores qui empoignent les chevaux-, le spectateur a la parfaite illustration de ce que va être le film: un combat acharné entre l’homme et la bête. Et qu’en serait-il si les antagonistes étaient des êtres humains?

Un couple de français citadin s’installe en Galice dans un petit village. Après avoir refusé l’installation d’éoliennes sur les terres avoisinantes, Antoine et Olga sont rejetés par les paysans du coin qui espéraient que cette installation pourrait leur rapporter un peu d’argent bien utile en ces temps difficile pour la paysannerie. Xan, la forte tête du village, et son frère, voisins du couple mène une guerre larvée et permanente aux deux étrangers.

Dès lors, est-ce qu’un conflit de nationalité, d’éducation et d’état d’esprit peut conduire des hommes à un affrontement sans merci? Car le sujet de AS BESTAS est bien celui-là: la lutte entre la ruralité et la citadinité, l’éducation et l’ignorance, la xénophobie et toutes les choses qui font que les êtres humains ne s’entendent pas, se combattent et s’entretuent. La réponse est évident bien sûr!

La misère de la ruralité n’est jamais comprise que par ceux qui l’ont vécu toute (ou une partie de) leur vie et les citadins qui s’installent dans la campagne pour retrouver le contact avec la nature sont à mille lieues de comprendre cela. En clair les deux clans sont irréconciliables.

Mais Rodrigo Sorogoyen a l’intelligence de ne jamais prendre parti ni dans son scénario, ni dans sa mise en scène. La caméra est là en spectatrice pas en juge. Le cinéaste espagnol se contente de montrer comment cette tension, née au départ d’une incompréhension (pas d’éoliennes pour le couple français), va peu à peu monter rendant impossible tout retour en arrière. Ce sont les deux camps qui précipiteront les protagonistes dans l’enfer d’une rivalité même si l’on se doute qui sont les « bêtes » du titre du film.

Les dialogues sont très écrits, très réalistes (la discussion entre la mère et la fille vers la fin en est un excellent exemple) et donnent une force supplémentaire à la mise en scène du réalisateur et au travail sur la photo d’Alejandro de Pablo (collaborateur de longue date avec Rodrigo Sorogoyen).

Côté casting, la force à la fois tranquille et bouillonnante dégagée par Denis Ménochet fait merveille surtout accompagnée d’une Marina Foïs passant de la colère à la désespérance. En opposition à ces deux personnages plutôt fins et éduqués, Luis Zahera campe Xan, le paysan du coin, un personnage brute, déterminé, hâbleur, un rôle fort pour celui que l’on avait vu déjà dans CELLULE 211 en 2009.

Avec ce sixième film, Sorogoyen nous prouve une fois encore qu’il est un réalisateur incontournable de ce début du 21e siècle. AS BESTAS est un film parfaitement maîtrisé, très brut dans sa thématique et d’un réalisme impressionnant qui réussit à édifier sans jamais lasser.

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