Ae Fond Kiss
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Ae Fond Kiss

par Sylvie Jacquy
Publié: Dernière mise à jour le

Equipe:
Durée : 104’
Genre:
Date de sortie: 24/08/2004

Cotation:

4/ 6

Si vous avez manqué le début:

Un regard, quelques mots bredouillés, il n'en a pas fallu plus à Casim le jeune DJ pour tomber amoureux de la jolie Roisin, la prof de musique de sa petite sœur. Dès leur première rencontre, entre ces deux là tout aurait pu être très simple, bref juste une idylle comme les autres. Seulement voilà nous sommes à Glasgow en Ecosse et les deux tourtereaux appartiennent à deux univers que tout oppose. Irlandaise et catholique Roisin, ne se doute pas en tombant sous le charme de Casim, que ce dernier musulman et pakistanais de deuxième génération, est promis depuis belle lurette à une lointaine cousine qu'il ne connaît même pas.

 

Notre critique:

Doyen et chef de file de la vague néo-réaliste britannique, voilà près de trois décennies qu’inlassablement Ken Loach utilise ses talents de cinéaste pour dénoncer toutes les formes d’injustice sur le sol de sa Gracieuse Majesté en priorité mais aussi parfois ailleurs. Seulement voilà, à force de toujours donner la parole aux forçats du travail, de filmer les drames des laissés-pour-compte et de prêter sa voix à ceux qui n’en ont plus, certaines mauvaises langues en viendraient presque à se demander si il n’aurait pas un peu tendance à radoter. Serait-ce pour se faire pardonner de nous avoir filé un terrible bourdon avec son film précédent (le très noir et puissant SWEET SIXTEEN)? Serait-ce l’avancement dans l’âge qui le rendrait un peu plus tendre voire fleur bleue? Toujours est-il que JUST A KISS semble arriver juste à point pour faire taire les vilains ragots qui auraient pu accuser le bonhomme de ne plus savoir se renouveler.

Car si il plante une fois de plus le décor à Glasgow en Ecosse, les murs gris des sordides banlieues ont cette fois laissé place au sourire ravageur d’un jeune DJ Pakistanais tombé sous le charme du regard bleu azur d’une blonde Irlandaise. Un homme, une femme et même quelques séquences « chabadabada » pleines se sensualité (une première pour le cinéaste), l’émotion est là et l’espoir pas si loin si ces deux là parviennent à surmonter les obstacles et les préjugés qui se dressent sur leur chemin. Pas facile lorsqu’on est un couple mixte de composer avec modernité et identité. L’héritage des traditions sociales et culturelles est parfois lourd à porter, surtout lorsque les aînés vous rappellent sans cesse qui vous êtes et d’où vous venez en pesant vous protéger.

Sans porter de jugement, ni donner de leçons, Loach soulève ici avec intelligence et lucidité quelques questions qui gratouillent et plus que jamais d’actualité à l’heure du communautarisme et de la mixité. Roméo et Juliette du nouveau millénaire, son jeune couple interprété comme toujours chez lui par des acteurs débutants, est étonnant de justesse et de sincérité. Si il n’échappe pas à quelques passages obligés dans le genre mélo, JUST A KISS est la preuve à ceux qui en doutaient encore qu’on peut raconter une histoire d’amour multiculturelle sans tricher ni tomber dans la caricature potache à la sauce Grecque.