Titre français: Un Temps Pour L'Ivresse Des Chevaux

Equipe:
Durée: 80‘
Genre:
Date de sortie:
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Pour Ayoub et ses 4 frères et soeurs, vivre est un combat de tous les instants. Après la mort de leur mère en donnant naissance à la petite dernière, et de leur père ayant sauté sur une mine, ils se retrouvent livrés à eux-mêmes, perdus dans les montagnes enneigées du Kurdistan. Petits boulots, contrebande, tout est bon à prendre pour subvenir à leurs besoins et aussi et surtout pour acheter les médicaments indispensables à la survie de leur benjamin, Madi, atteint d'une grave maladie congénitale que seule une opération peut sauver. Avec la promesse d'une aide pour en financer les frais, sa s¦ur aînée accepte un mariage arrangé avec un irakien mais arrivés à la frontière la famille du futur époux refuse que le malade les suive et en échange leur offre un cheval.

 

Notre critique:

Bahman Ghobadi n’est pas vraiment un inconnu pour les amateurs de cinéma iranien. En effet, c’est mal rasé et un tableau sur le dos que l’on a pu le voir récemment dans le dernier film de Samira Makhmalbaf, LE TABLEAU NOIR. Mais c’est aussi dans l’ombre du maître Kiarostami que ce jeune réalisateur de 30 ans a fait ses armes comme premier assistant tout en s’essayant au court métrage. Pour ce premier long (Caméra d’Or Cannes 2000) ce cinéaste kurde a décidé de donner la parole à son peuple et plus précisément aux habitants de son village natal. Inspiré d’une histoire vraie et dans le prolongement d’un documentaire tourné trois ans plus tôt, ce film nous trimballe sur les traces de cinq orphelins dans les montagnes enneigées et coincées entre l’Iran et l’Irak, d’un pays qui n’existe pas, le Kurdistan.
Pays fantôme tout comme les silhouettes de ces gamins qui les genoux dans la neige et pour quelques sous, tirent des mulets dopés à l’alcool pour mieux affronter le froid et chargés de marchandises de contrebande.
Où encore l’avenir de Madi, ce grand frère qui atteint d’une grave maladie congénitale a oublié de grandir et que ses frères et s¦urs transportent amoureusement dans leurs bras ou dans une vieille sacoche. Tous se battent courageusement dans cet univers sans foi ni loi, bravant le froid et les balles des gardes-frontières, prêts à tout pour que puisse se faire l’opération qui le sauvera.

Mise en scène brute, caméra à l’épaule, UN TEMPS POUR L’IVRESSE DES CHEVAUX est un film sans fioritures qui renoue avec les lettres de noblesse du néoréalisme (décors naturels, acteurs non professionnels), qui nous empoigne et nous secoue notre confort. Frères et s¦urs à la ville comme à l’écran, ces enfants ne jouent pas ils sont. Même si l’évocation du monde à travers leur regard innocent est une ruse cinématographique connue, elle est aussi un ricochet vers tous ces enfants privés de leur insouciance et unifiés par la misère aux quatre coins de notre planète. L’austérité ou le manque d’espoir de ce film pourra en gêner certains mais Bahman Ghobadi ne cherche ni le mélo, ni le documentaire, simplement et avec sincérité à traduire l’énergie et la dignité de son peuple à l’écran. Un film coup de poing qui nous balance en pleine figure le merdier humain.

 

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Journaliste

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