Equipe:
Durée: 173‘
Genre:
Date de sortie: 30/01/2001
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Dans la famille Jian il y a d'abord le père NJ, professionnellement c'est pas folichon, sa société d'informatique bat de l'aile, sentimentalement il n'y voit pas trop clair non plus et ce n'est pas en rencontrant fortuitement son amour de jeunesse que ça va s'arranger. Min-Min sa femme à bout de nerfs est en pleine déprime mystique et Ting-Ting leur fille est préocupée par sa crise d'adolescence et ses premiers émois amoureux. Quant à Yang-Yang, le fiston potache et secret, il tente des expériences saugrenues, aime enquiquiner les filles et prendre des photos de la nuque des gens pour mieux capter "l'autre moitié de la vérité". Dans tout ce petit monde déjà bancal vient s'ajouter le coma subit de la grand-mère, à laquelle chacun, sur le conseil des médecins, vient parler à tour de rôle pour essayer de l'en faire sortir.

Notre critique:

Si vous ouvrez le dictionnaire et en prenez le premier mot, il y a fort à parier que ça ne vous inspire guère. Et pourtant c’est exactement ce qu’a fait le réalisateur Edward Yang.
YIYI est donc le premier mot du dictionnaire chinois mais aussi le titre du dernier film de ce cinéaste taïwanais. On pourrait le traduire par « un à un » ou encore « a one and a two » (son titre en anglais), rappelant ainsi le musicien de jazz qui commence à jouer en claquant des doigts. Simple et mélodique, YIYI décline des morceaux de vies et leurs variations à travers les portraits croisés d’une famille moyenne de Taipei.

Raconté telle quelle, en apparence l’histoire parait plutôt banale et pas vraiment gaie et c’est là toute la ruse et le talent d’Edward Yang car YIYI est à mille lieues d’être un mélo,une saga familiale ou encore une galerie de portraits. En juxtaposant une multitude de récits, en multipliant les échanges, se faisant croiser des personnages de tous ages que l’on retrouve ou perd au gré des lieux et des situations, il balaye le cycle de la vie. YIYI est une sorte de puzzle géant de la destinée qui couvre les principales étapes de la vie d’un individu avec ses petites histoires anodines mais fondamentales. A la fragmentation du récit vient s’ajouter le jeu subtil de la caméra et un travail visuel utilisant la superposition des surfaces et les reflets. Filmé avec délicatesse et pudeur YIYI est à la fois drôle et sensible alternant savamment les moments graves et légers.

C’est aussi une façon de mieux faire connaissance avec ce cinéaste phare de la Nouvelle Vague asiatique malheureusement méconnu de notre côté de la planète contrairement à son compatriote Hou Hsiao Hsien (qui joua d’ailleurs dans son second film) après vingt ans de bons et loyaux services. Car dans chaque personnage de son film n’y a-t’il pas une bonne dose d’Edward Yang? Ce gamin trublion et charmeur (remarquable Jonathan Chang, non professionnel de surcroît) qui se prénomme comme lui (en chinois on double le nom en guise de surnom affectueux) et photographie la face cachée des gens, mais aussi le père NJ, qui comme le cinéaste, est ingénieur en informatique et hésite à tout plaquer (Edward Yang est revenu des USA en 81 pour se consacrer à sa passion du cinéma).

Le jury 2000 de Cannes ne s’y est pas trompé en lui attribuant le prix de la mise en scène. Refusant toute aide financière de son gouvernement après sept longs métrages, le monsieur est encore obligé de louer son matériel et d’en subir les désagréables aléas (une caméra lui a rayé une partie de la pellicule et un bon nombre de plans ont fini à la poubelle). Lors de la remise de son prix Edward Yang confiait qu’il « aimerait que les spectateurs sortent de son film avec l’impression d’avoir passé un moment avec un ami », mais c’est bien plus que ça car c’est un miroir qu’il nous tend, nous faisant voir ce que l’on refuse lâchement de voir ou d’affronter parfois. Ca aurait pu s’appeler les choses de la vie tout simplement, mais YIYI c’est tellement plus joli.

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Journaliste

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