Titre français: Xiao Wu, Artisan Pickpocket

Equipe: Jia Zhang Ke, Wang Hong Wei
Durée: 108‘
Genre:
Date de sortie:
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Xiao Wu est pickpocket professionnel. Un don qu'il a développé jusqu'à en faire un art... et un métier. Xiao Wu, de retour en ville après une absence inexpliquée, apprend que son ancien collègue, Xiao Yong, se marie. Et même si, désormais, Xiao Wong est un nouveau riche, un entrepreneur modèle (en réalité, il importe illégalement des cigarettes), il n'a pas jugé convenable d'inviter son ami.

Notre critique:

Depuis quelques années, le cinéma chinois renaît: la nouvelle génération de cinéastes osant enfin explorer des sentiers non balisés, longtemps interdits par les décideurs bien pensant. Il est loin le temps des académiques Chen Kaige et autres Zhang Yimou. A force de prostituer leur cinéma aux occidentaux et au pouvoir chinois, les réalisateurs phare des années 80 ont perdu leur âme. Et leur attrait. S’ils font aujourd’hui la pluie et le beau temps dans les sphères officielles, c’est pour mieux scléroser le septième art de leur pays.
Heureusement, l’annexion de Hong Kong est en train de bouleverser les données. Maintenant, de nouveaux investisseurs peuvent insuffler des capitaux privés sur des projets qui leur semblent porteurs. L’aval gouvernemental n’est plus indispensable.
Tant mieux pour Jia Zhang Ke, qui fait financer son premier film par des dollars hong kongais. XIAO WU est avant tout un tableau réaliste et sans concession de la Chine d’aujourd’hui. La banlieue ouvrière, un paysage défiguré par des cheminées d’usine qui crachent une grisaille déprimante, la pauvreté. Les gens sont déboussolés par la course au capitalisme menée par le gouvernement. Les valeurs se perdent. Les paysans, inconscients du changement qui s’opère, seront les premières victimes. C’est ce que le jeune réalisateur nous hurle au visage. Les errances de Xiao Wu nous entraînent dans une réalité morose peuplée de fantômes à la dérive: le petit peuple.
Jia Zhang Ke brosse également un portrait empreint de vérité, celui de Xiao Wu, un personnage paradoxal, touchant. Derrière le masque froid du voleur à la tire qui n’a que faire du désarroi de ses victimes se cache un homme rempli de valeurs, prêt à tout sacrifier pour offrir un présent à un ami qui le renie. Wang Hong Wei enveloppe son personnage d’une justesse brute. Percutant et magnifique.

XIAO WU est un des premiers films qui nous fait découvrir la Chine d’aujourd’hui. Sans effets inutiles, sans misérabilisme déplacé. Un film aux accents de vérité quasi documentaires.

A propos de l'auteur

Journaliste