Titre français: Les Garçons Witman

Equipe:
Durée: 92‘
Genre:
Date de sortie: 13/10/1998
Cotation: * (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Le père Witman meurt. Il ne manquera à personne.
Sa femme le remplace aussitôt par un amant rustre et envahissant. Enfin libre, elle ne s'occupe plus que d'elle-même. Elle abandonne ses deux fils adolescents, János et Ernõ. Livrés à eux-mêmes, les deux garçons se réfugient dans un univers imaginaire fait de violence et de torture. Un univers dans lequel l'amour est absent, du moins jusqu'au jour où János, l'aîné, rencontre une prostituée complaisante.
Celle-ci ne tardera pas à profiter de leur crédulité. Inconsciemment, elle va les pousser au meurtre.

Notre critique:

WITMAN FIUK, les fils Witman, est le troisième long métrage du réalisateur hongrois János Szász. Primé maintes fois, Szász n’avait pourtant pas encore atteint le circuit de distribution belge. Qu’à cela ne tienne: WITMAN FIUK, avec le prix de l’âge d’or 1997 et une sélection officielle à Cannes dans la catégorie « Un Certain Regard », vient combler cette lacune. Et nous, de bondir de joie…

De joie pourtant, il n’en est guère question dans le film de Szász. WITMAN FIUK décrit avec moult détails un imaginaire morbide, celui de ses deux jeunes héros. Tortures d’animaux, dialogues macabres, voyeurisme malsain: les deux garçons se complaisent dans le mal, poussés, il est vrai, par une mère égoïste et dépravée. A force de côtoyer János et Ernõ, on a l’impression de se salir, de remuer une boue malodorante sous laquelle on préfère ne rien deviner. Szász ne laisse pas insensible: il nous perturbe; il nous révolte.

Pour donner force à cet enfer enfantin, Szász use (et abuse) de la suggestion. Et il le fait bien. Les paroles sont plus dures que les images -d’ailleurs, on ne voit rien! Le hongrois détourne habilement sa caméra ou ellipse carrément les scènes chocs. Et ça marche: on se retourne dans notre fauteuil, attendant le coup suivant.
Mais, car il y a un mais, Szász, à vouloir trop démonter la progression psychologique des deux enfants, finit par s’essouffler. Il se répète, piétine, tourne en rond avant d’asséner l’estocade finale qui, il faut le dire, pointait déjà son nez depuis belle lurette. Résultat des courses: nous spectateurs, on s’impatiente et en bout de course, on est déçu.

La photographie est superbe. L’éclairage en clair-obscur peuple les décors d’ombres menaçantes. On regrettera cependant le manque de dynamisme de la mise en scène. Szász, comme la plupart de ses confrères de l’Est, préfère le plan fixe au mouvement de caméra. Et comme l’histoire progresse lentement, le rythme est lymphatique. Voilà qui n’arrange pas les choses…

L’univers de Szász n’est pas dénué d’intérêt. Mais dans son ensemble, WITMAN FIUK ne plaira qu’aux cinéphiles en manque de films « différents ».

A propos de l'auteur

Journaliste