Titre français: Waiting for the Barbarians

Equipe: Ciro Guerra, Gana Bayarsaikhan, Johnny Depp, Mark Rylance, Robert Pattinson
Durée: 112‘
Genre: Drame
Date de sortie:
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Un magistrat, administrateur d'une colonie frontalière isolée à la frontière d'un empire anonyme, espère une retraite facile jusqu'à l'arrivée du colonel Joll, chargé de faire le point sur les activités des barbares et sur la sécurité à la frontière . Joll mène une série d'interrogatoires impitoyables...

Notre critique:

Ciro Guerra s’est fait remarquer à Cannes pour ses très beaux films EL ABRAZO DE LA SERPIENTE et BIRDS OF PASSAGE. C’est désormais à Venise qu’il présente son nouveau film, son premier plus « hollywoodien ». Bien qu’on soit loin de la grosse production soutenue par une major, WAITING FO THE BARBARIANS est tout de même un nouveau cap dans la carrière du réalisateur colombien. En effet, on retrouve un casting international de luxe avec, dans les premiers rôles, Mark Rylance, Johnny Depp et Robert Pattinson.

Le film est adapté du roman éponyme de l’écrivain sud-africain J. M. Coetzee, lauréat du prix Nobel de littérature en 2003. Il se déroule dans un désert inconnu, partie de l’Empire. Tout se déroule plutôt bien jusqu’à ce que les hautes instances s’inquiètent d’une possible invasion barbare. Est envoyé le colonel Joll, un véritable tortionnaire, qui va perturber la stabilité de la région. Le magistrat local tente tant bien que mal de garder l’équilibre, mais il va un peu trop se frotter au pouvoir. En même temps, il recueille une jeune barbare blessée qui, malgré elle, va causer bien d’autres remous dont le magistrat sera victime.

L’histoire de WAITING FOR THE BARBARIANS est simple et classique. Ce qui en fait sa force, c’est sa narration. Il est question de situations difficiles, poignantes et, pourtant, montrées avec beaucoup d’humanité par Ciro Guerra. Le magistrat est un homme bon, digne et pourtant, il ne semble pas bénéficier de beaucoup de soutien de sa population alors que l’armée du colonel Joll vient faire son expédition. Ciro Guerra prend logiquement son parti en le filmant de façon très sensible alors qu’il semble plus froid quand il s’agit de filmer les tortionnaires. Guerra prend son temps. Le film dure un peu plus d’1h50 alors que certains raconteraient cela en 20 minutes. Mais le temps passe lentement dans le désert. Guerra s’intéresse plus précisément à ses personnages car c’est eux qui font vivre le récit. Pour que les spectateurs puissent ressentir au mieux ce qu’ils vivent, Guerra laisse tout l’espace nécessaire à ses comédiens pour faire leur travail au mieux. Guerra reste ainsi fidèle à son style habituel. Ce n’est pas parce que le projet est le plus important qu’il ait signé à ce jour que sa méthode change et c’est tant mieux. Trop de réalisateurs se cassent les dents dans le même cas de figure.

La direction artistique est superbe. Le désert marocain et la casbah star du film ont un cachet incroyable et Guerra maximise son utilisation des lieux, sublimés par la photographie de Chris Menges. Il fait de ses décors l’un des acteurs principaux et parvient à transcrire leur âme et la dureté de la vie sur place. Giampiero Ambrosi, dont c’est le premier film en tant que compositeur, se fait aussi remarquer en signant une jolie partition.

Il ne faut plus présenter Mark Rylance, acteur britannique qui a explosé grâce à Steven Spielberg qui lui a donné des rôles dans BRIDGE OF SPIES, THE BFG et READY PLAYER ONE. Il a ici un nouveau premier rôle et est encore sensationnel, comme toujours. C’est vraiment un acteur qu’on prend plaisir à voir évoluer à l’écran et qui est saisissant tant il parvient avec une facilité déconcertante à faire passer une large palette d’émotions. A ses côtés, Johnny Depp et Robert Pattinson sont glaçants, impeccables. Enfin, il faut aussi mentionner la prestation de la trop rare Gana Bayarsaikhan, incroyable dans le génial EX-MACHINA et qui ici trouve un joli rôle à la hauteur de son talent.

WAITING FOR THE BARBARIANS est une réussite qu’on souhaitait depuis longtemps à Ciro Guerra et qui se confirme. Il a su garder son style de mise en scène malgré la plus grande ampleur du projet. Il ne s’est pas perdu et a réussi à rendre hommage à ce beau récit de J. M. Coetzee. Le casting fait un boulot fort, le génial Mark Rylance en tête. Bref, bravo Ciro Guerra.

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A propos de l'auteur

Thibault van de Werve

Ce jeune passionné de cinéma, formé entre autres au Festival du Film Fantastique de Bruxelles, affectionne en particulier Steven Spielberg, Terrence Malick et Alejandro Gonzalez Iñárritu. Il écume avec passion les visions de presse et les nombreux festivals belges, où il s'est déjà retrouvé juré (Brussels Film Festival, Festival du Film d'Amour de Mons, Festival du Film Policier de Liège...), tout en officiant par ailleurs pour les pages culturelles de La Libre Belgique.