Equipe: Brady Corbet, Christopher Abbott, Natalie Portman, Raffey Cassidy
Durée: 110‘
Genre: Drame musical
Date de sortie:
Cotation: o (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Sur une période de quinze ans, l'ascension de Celeste, une star de la pop.

Notre critique:

Brady Corbet est cet acteur qui s’est essayé à la réalisation avec THE CHILDHOOD OF A LEADER en 2015 et qui avait un casting totalement improbable composé de Bérénice Béjo, Liam Cunningham, Stacy Martin, Robert Pattinson et … Yolande Moreau. Voici qu’il remet le couvert avec VOX LUX, film porté par Natalie Portman (c’est Rooney Mara qui avait le rôle avant de devoir renoncer), Raffey Cassidy, Stacy Martin et Jude Law tandis que Willem Dafoe fait la voix off.

Il s’agit d’un objet filmique assez étrange. Tourné (et projeté à Venise) en pellicule, le film démarre par un générique de début très complet, dans le même style qu’un générique de fin habituel. De cette manière, Brady Corbet montre que ce qu’il essaie de faire brise les conventions, ne sera comme rien d’autre. La première scène est aussi forte qu’inattendue puisqu’il est question d’une fusillade dans une école. C’est saisissant, à tel point que la suite est presque décevante puisqu’absolument pas dans la veine de ce que l’on pouvait imaginer (si l’on ne sait rien du film avant de le voir, pas même le synopsis). La fusillade met les spectateurs par terre. Ensuite, Corbet démarre le sujet qui l’intéresse véritablement à savoir, le monde de la musique ou plutôt le parcours de cette survivante devenue célèbre après avoir chanté à la cérémonie d’hommage envers ses camarades décédés dans la tragédie.

Le schéma narratif de VOX LUX est finalement assez classique puisqu’il s’agit d’un rise & fall. Il suit une structure en deux actes conclue par un final. Le premier acte est centré sur le personnage de Celeste jeune, sa prestation lors de la cérémonie d’hommage, le succès de la chanson, le début de sa renommée, sa rencontre avec son manager et producteur, la réalisation d’un album et ainsi de suite. Le second acte est centré sur Céleste quinze ans plus tard, après une carrière remplie de beaux succès. Ici, elle n’a tout de même plus l’aura d’antan. Elle a sombré dans certains travers, l’alcool et la drogue notamment. Elle a aussi eu une fille qui a l’âge qu’elle avait au début du film, c’est dire si elle l’a eue jeune et que la vie n’a pas été facile. Elle n’a quasiment pas eu de jeunesse en fait.

Le premier acte est plutôt réussi mais le deuxième est bien plus laborieux. Brady Corbet n’a pas grand chose à raconter, c’est fort dommage. En plus de cela, il a tendance à faire de l’esbroufe, que ce soit via sa mise en scène ou bien certains choix particuliers concernant les personnages et les comédiens. Par exemple, Stacy Martin incarne la sœur ainée de Céleste. Dans le premier acte, cela fonctionne. Dans le deuxième, absolument pas puisque c’est Natalie Portman, qui a dix ans de plus que Stacy Martin, qui incarne Celeste. Dans un acte Martin fait plus âgée, dans le second elle fait plus jeune. Ça ne fonctionne pas du tout et peut même perturber certains spectateurs. Un autre choix particulier est d’avoir pris Raffey Cassidy pour jouer Celeste jeune mais aussi la fille de Celeste dans le deuxième acte.

Un autre choix problématique, c’est Natalie Portman elle-même. C’est une grande actrice, il ne s’agit pas de remettre cela en question. Le souci c’est plutôt la façon de la diriger. Certes le personnage est plutôt excentrique, c’est une star qui a pris la grosse tête et se croit tout permis, mais Portman en fait des tonnes, à un point tel que cela devient gênant. Raffey Cassidy (THE KILLING OF A SACRED DEER, TOMORROWLAND, ALLIED) est impeccable, tant en Celeste qu’en Albertine, la fille de Celeste. Bien sûr, c’est dans le premier acte qu’elle a le plus de choses à défendre mais, elle a une très jolie scène avec Natalie Portman dans le second acte qui lui permet de montrer des choses différentes et toutes aussi convaincantes.

Le final est une prestation de Celeste dans sa ville natale, celle où tout a commencé, celle de l’Eglise où sa prestation l’a révélée au monde. Les scènes du concert sont trop longues, trop répétitives et finissent par lasser. C’est dommage car il y a du travail qui a été fait au niveau des chansons, mais aussi des chorégraphies (signées par Benjamin Millepied, l’époux de Natalie Portman). Le résultat sonne comme une mauvaise conclusion, mais cohérente avec l’histoire et cohérente avec la qualité du film malheureusement.

VOX LUX était prometteur pour plusieurs raisons comme son réalisateur et son casting mais il s’avère être un film raté qui en fait beaucoup pour pas grand chose et semble être un peu passé à côté de son sujet déjà vu et revu des centaines de fois. Si Raffey Cassidy confirme les bonnes impressions déjà laissées auparavant et le bien qu’on pensait d’elle, Natalie Portman déçoit, mal dirigée ou, en tout cas, pas dirigée en adéquation avec ce que le rôle exigeait. Reste plus qu’à espérer que Brady Corbet se reprenne pour son prochain long-métrage en tant que réalisateur car, du talent et de l’ambition, il en a, c’est certain. Dommage que ça ne soit pas aussi bien exploité.

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A propos de l'auteur

Thibault van de Werve

Ce jeune passionné de cinéma, formé entre autres au Festival du Film Fantastique de Bruxelles, affectionne en particulier Steven Spielberg, Terrence Malick et Alejandro Gonzalez Iñárritu. Il écume avec passion les visions de presse et les nombreux festivals belges, où il s'est déjà retrouvé juré (Brussels Film Festival, Festival du Film d'Amour de Mons, Festival du Film Policier de Liège...), tout en officiant par ailleurs pour les pages culturelles de La Libre Belgique.