Equipe: Aitana Sánchez-Gijón, Bigas Luna, Penélope Cruz
Durée: 90‘
Genre: Drame
Date de sortie: 17/07/2001
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

22 juillet 1802. La Duchesse de Alba, la femme la plus belle et la plus riche d'Espagne, offre un somptueux dîner de gala pour inaugurer son nouveau palais. Toute la haute société est présente. Le lendemain matin, la Duchesse est à l'agonie: à 40 ans à peine, celle dont le corps avait inspiré Goya a été empoisonnée par un de ses invités, victime sans doute de son attitude trop libérée pour l'époque.

 

Notre critique:

VOLAVERUNT est le quatorzième film de Bigas Luna, un réalisateur espagnol dont on se rappelle surtout le flippant ANGUSTIA (prix du festival d’Avoriaz en 1982), le chaud JAMON JAMON (où on écarquillait pour la première fois les yeux devant Penélope Cruz) et la fade chronique LA FEMME DE CHAMBRE DU TITANIC. Luna, explorateur de nombreux genres cinématographiques, hésite. Il signe ici un film bicéphale, portrait d’une époque mais aussi portrait d’une femme hors du commun. Ce double sujet ampoule malheureusement un long métrage dont le rythme s’essoufle et dont la force dramatique faiblit à plusieurs reprises.

Luna centre son récit sur un tableau de Goya empreint de mystère, La Maja Desnuda. Cette œuvre importante transgresse les normes. Pour la première fois en effet, un corps nu de femme est peint en trois morceaux et sous des angles différents: cette femme nue est en réalité la combinaison de deux compagnes ayant fortement influencé le peintre à l’époque. Luna s’éloigne progressivement du tableau pour dépeindre une époque, l’Espagne de la fin du 18ème siècle, alors sous influence française et italienne. VOLAVERUNT est de ce point de vue une fresque historique fidèle.


Si cette reconstitution véridique assied le film sur une base scénaristique solide, il puise sa profondeur émotionnelle ailleurs. VOLAVERUNT est avant tout le portrait complexe et réaliste d’une femme raffinée, la Duchesse d’Alba. Provocante, libérée de la société mais paradoxalement enchaînée à ses sentiments, se jouant des intrigues politiques comme des passions des hommes, la Duchesse était aussi lucide sur son pouvoir d’influence que sur la fragilité de sa situation sociale. L’enquête que Luna  s’attache (trop) à mettre en scène a finalement bien moins d’intérêt que l’attachant personnage que nous découvrons peu à peu.

En phase avec son propos, la mise en scène de Luna est intime. Le cadre se resserre autour des acteurs. La caméra balaie leurs corps, espaces où se subliment toutes les passions, et captent leurs regards, plus honnêtes que leurs discours ambigus. La photographie chaude et riche restitue à merveille les débordements de l’époque. Quant aux acteurs, Aitana Sanchez-Gijon en tête, ils composent des personnages complexes et torturés, dont la façade polie laisse effleurer des passions écorchées vives.

Certes, on regrettera le manque de parti pris de Bigas Luna qui semble longtemps hésiter entre la sensibilité d’un portrait bouleversant et la rigueur de l’intrigue historique. Il reste cependant un film touchant par endroit et véridique à défaut d’être captivant.

 

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Journaliste