Equipe:
Durée: 103‘
Genre:
Date de sortie: 11/09/2001
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Sandrine a 30 ans et une vie qui ressemble aux embouteillages parisiens qu’elle subit tous les jours pour se rendre à son travail. Formatrice en informatique, son quotidien routinier l’étouffe et, lorsqu’elle trouve le temps de relever la tête, ce n’est que pour respirer quelques grosses bouffées de monoxyde de carbone. Un beau jour, elle décide de tout plaquer pour réaliser un rêve de petite fille: devenir agricultrice. Après une brève halte dans un institut de formation agricole chargé de mettre en relation ses élèves avec des fermiers désireux de vendre leur exploitation, elle prend la route des hauts plateaux du Vercors pour rencontrer Adrien, un paysan veuf et bougon qui vit dans sa ferme isolée. Fatigué et désabusé, le vieil homme est bien décidé à vendre avant de prendre sa retraite à la ville mais exige cependant de demeurer encore un an sur place avant de partir. Et il en a déjà dégoûté plus d’un, le brave Adrien. Alors, lorsque Sandrine débarque chez lui avec l’idée de transformer son étable en gîte de montagne et de vendre ses fromages de chèvre sur Internet, il est clair que ce dernier n’est pas vraiment disposé à transmettre son savoir et à épauler cette jeunette parisienne.

Notre critique:

Ancien ingénieur agricole et lui même fils de paysan, Christian Carion, après avoir fait ses classes avec des courts métrages ou comme assistant de Cédric Klapish, signe ici son premier long et parle avec sincérité d’un monde rural qu’il connaît et respecte. Sur fond d’histoire romanesque, il dresse avec justesse un tableau de la vie à la campagne loin de la carte postale touristique. Si les joies et les satisfactions y sont dépeintes avec tendresse, les peines et les difficultés du monde paysan ne sont en rien occultées, notamment le malaise face aux crises dernièrement subies, ou encore l’isolement et la solitude d’une profession face à un univers parfois hostile.

Le manque d’expérience, à moins que ce ne soit la trop grand implication pour son sujet, amènent cependant le réalisateur à quelques gaucheries et maladresses narratives, ainsi qu’un manque d’imagination visuelle rappelant parfois les bons vieux téléfilms de nos chaînes publiques. Si le sentier des aventures des deux personnages semble parfois un peu trop balisé et les rebondissements quelque peu téléphonés, le duo Michel Serrault / Mathilde Seigner est une magnifique trouvaille qui mérite d’être saluée. La confrontation de ces deux tempéraments qui, à la ville comme à l’écran n’ont pas leur langue en poche, offre un duo inattendu, plein de charme et attachant. Chacun d’eux semble prendre énormément de plaisir à jouer ces rôles taillés sur mesure et nous offre de belles scènes de face-à-face teintées d’une réelle émotion et d’une grande pudeur. Mathilde Seigner n’hésite pas à payer de sa personne lors de certaines scènes difficiles (mise à bas d’une chèvre, saignée d’un cochon), où ce n’est plus l’actrice mais la femme qui paraît habitée par le personnage.

Malgré ses nombreuses imperfections et quelques grosses ficelles, ce film n’en demeure pas moins une belle fable du terroir pleine d’humanité remarquablement interprétée par un duo qui risque d’attirer quelques touristes supplémentaires dans les beaux alpages du Vercors, à moins qu’il ne suscite de nouvelles vocations agricoles. Ne passons pas à côté des choses simples.

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Journaliste

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