Equipe:
Durée: 133‘
Genre:
Date de sortie: 26/10/2004
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Mathilde a 19 ans et elle ne veut pas croire que que son Manech d'amour est mort dans les tranchées de Verdun.
Mue par une inébranlable conviction, elle va tout tenter pour découvrir ce qu'est devenu son fiancé.

Notre critique:

Le cinéma de Jean-Pierre Jeunet est fait de saynètes et d’aphorismes, de ces petits moments de cinéma qu’il est merveilleusement agréable de s’échanger lors de discussions entre les ceusses qui ont vu ses films.
Difficile de nier que LE FABULEUX DESTIN D’AMELIE POULAIN soit autre chose qu’un époustouflant collier de perles mettant en lumière les épaules d’une histoire aussi simple qu’universelle. En l’espèce, la naïveté du procédé (qui n’exclut nullement une confondante créativité technique et artistique) était en totale symbiose avec celle du scénario (ce qui n’en diminue aucunement les qualités émotionnelles, bien au contraire). Le résultat: un moment de magie pure qui nous permettait de retrouver l’enfant que l’on a tous été et rendait meilleur, même si ce n’était qu’une illusion ou qu’un moment fugitif, l’adulte que nous sommes devenu.
Cette magie-là, UN LONG DIMANCHE DE FIANCAILLES ne l’atteint jamais.
C’est qu’à forcer son style, Jeunet balance entre trop de styles. Tantôt on se croirait dans CAPITAINE CONAN de Tavernier, tantôt dans VIDOCQ de Pitof, tantôt encore dans LE FABULEUX DESTIN… de qui vous savez.
Au coeur du récit, il y a à nouveau cette volonté farouche de (re)trouver l’Amour, mais dans ce LONG WEEK-END, le cadre est autrement dramatique puisqu’il s’agit de la première guerre mondiale et de son inimaginable cortège ignominies (tranchées noyées de pluie, bombardements incessants, charges suicidaires vers les tranchées ennemies, exécutions pour l’exemple, …). Dans cet univers de mort, dont l’imagerie n’est pas sans rappeler celle de LA LIGNE DE FRONT, BD de Manu Larcenet, le côté fleur bleue de l’histoire d’amour et le côté Agatha Christie de l’enquête menée par la fiancée font, hélas, taches. Un peu comme si l’on avait mélé trois univers distincts en prétextant que ce sont les trois aspects d’un même drame. Bref, la mayonnaise ne prend pas. C’est dommage car le talent de Jeunet, comme réalisateur, comme directeur d’acteur, comme créateur, affleure à presque chaque plan.
Et puis, avec Audrey Tautou jouant une sorte de grand-mère d’Amélie Poulain (que de points communs entre ces deux personnages!), il n’est vraiment pas aisé de se convaincre que l’on est passé à autre chose. Mais l’on est en droit de supposer que le temps viendra atténuer ces réminiscences « améliennes » et que l’on verra UN LONG DIMANCHE DE FIANCAILLES pour ce qu’il est: un film imparfait mais très loin d’être dénué d’intérêt réalisé par un cinéaste au talent énorme qui ne parvient pas toujours à canaliser le foisonnement d’idées issues de son imagination et de ses envies de cinéma.

A propos de l'auteur

Journaliste