Equipe:
Durée: 105‘
Genre:
Date de sortie: 21/05/1996
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Enfant élevé par sa mère dans la mémoire d'un père mort soi-disant en héros à Verdun, Albert sait qu'un jour il deviendra quelqu'un. C'est dans la période troublée de la fin de la guerre qu'il se décide enfin à devenir le personnage dont il a toujours rêvé. A l'image de son père, il sera un héros de la guerre, un pilier de la résistance, un de ces soldats de l'ombre qui ont sauvé le pays... Mais peut-on longtemps vivre dans un mensonge de vie?

Notre critique:

S’il est une période trouble en France, c’est bien celle des années de la Seconde Guerre Mondiale. L’actualité miterrandienne de la fin du second septennat en a été la preuve incontestable: la période « Pétain » et l’après-guerre sont encore et toujours des moments troubles et tabous de l’histoire de France. Certains des héros de l’ombre de cette période se sont révélés être surtout des héros du mensonge.

Ce deuxième film de Jacques Audiard (après REGARDE LES HOMMES TOMBER) raconte l’histoire d’un de ces héros du mensonge, Albert Dehousse.

Jacques Audiard a contribué à quelques-uns des scénarios les plus originaux du cinéma français(1) et ça se sent. Avec REGARDE LES HOMMES TOMBER, il raflait en 1995 le César du Meilleur Premier Film et offrait à son interprète Mathieu Kassovitz le César du Meilleur Jeune Espoir Masculin. Et il le méritait!
Avec ce second film, il confirme non seulement un talent de scénariste à l’épreuve des sujets ‘casse-gueule’ mais il fait montre aussi d’une étonnante aptitude à la mise en scène. Ses gros-plans, ses mouvements de caméra serrés sont autant de façons de retirer le spectateur du contexte de la guerre, de le plonger dans l’univers mensonger de Dehousse et de le faire participer même à la création de cet imaginaire. Pour en revenir au scénario, Audiard a réussi, par un découpage à toute épreuve, à mélanger le passé, le présent et le futur d’Albert sans jamais semer le voyeur que nous sommes…

Mais la qualité du sujet, de la mise en scène, du scénario n’aurait su se satisfaire d’une interprétation passable ou conventionnelle. Et c’est là que Kassovitz entre un scène… Au bord de l’improvisation, maîtrisant ce personnage à merveille, en faisant un acteur à l’intérieur de l’acteur (les moments où Dehousse apprend son ‘rôle’ de résistant sont magiques), Albert devient un personnage de l’histoire presqu’aussi naturellement que Mathieu est devenu Albert. Dans un souffle. On se dit que Kassovitz a dû être Dehousse dans une vie antérieure. Renforcé par les rôles d’Anouk Grinberg, de Sandrine Kiberlain et d’Albert Dupontel, le personnage d’Albert Dehousse restera dans les mémoires.

Tour de force, magie, intelligence, tout cela au service d’un sujet tabou en France… Bravo Monsieur Audiard, vous êtes avec ce deuxième film et votre quarantaine, une des valeurs les plus sûres du cinéma français et un homme dont la carrière est à suivre impérativement!

(1) CONFESSION D’UN BARJO, BAXTER, AUSTRALIA, POUSSIERE D’ANGE et MORTELLE RANDONNEE en sont des exemples flagrants.

A propos de l'auteur

Eric Van Cutsem
Rédacteur en chef/Journaliste

Journaliste indépendant dès 1989 qui, depuis cette époque, se pose toujours la question de savoir si il est journaliste, informaticien, biologiste ou ... extra-terrestre. Peut–être un peu tout ça pensent certains...