Titre français: Troie

Equipe: Brad Pitt, Eric Bana, Orlando Bloom, Wolfgang Petersen
Durée: 165‘
Genre: Film d'aventures
Date de sortie: 11/05/2004
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

1193 avant notre ère, Pâris prince Troyen et fils de du roi Priam, s'éprend de la reine de Sparte, la belle Hélène et l'enlève à son mari le roi Ménélas. Fou de rage et estimant avoir été insulté, Ménélas part chercher de l'appui chez son frère Agamemnon, le puissant et ambitieux roi des Mycéniens. Ce dernier qui ne cherche qu'à agrandir son vaste empire grec, voit en cette querelle familiale, l'occasion de pouvoir contrôler Troie et d'étendre son hégémonie jusqu'à la mer Egée. Alors que jusqu'à présent personne n'a jamais réussi à forcer les murailles de la citée Troyenne, Agamemnon réunit toutes les armées grecques et désigne le grand guerrier Achille pour les diriger et parvenir à ses fins. Arrogant, rebelle et réputé invincible, celui-ci n'a d'attache pour rien ni personne excepté sa propre gloire…

Notre critique:

Décider d’adapter l’Iliade au cinéma, c’est un peu rêver de partir en vacances sur la lune en caravane. Ceux qui se sont essayés de leur plein gré à la lecture complète de l’oeuvre d’Homère ou se sont retrouvés contraints et forcés de l’étudier par bribes lors de cours de grec et de latin dignes de séances de torture, savent combien ce passionnant poème épique du 8ème siècle avant J.C. peut s’avérer aussi être un formidable antidote à l’insomnie tant son contenu est riche et complexe. Oui, mais voilà, dans le monde merveilleux et pas vraiment philanthropique d’Hollywood, où faire prendre des vessies pour des lanternes est devenu un art, impossible ne fait pas partie du vocabulaire des producteurs. De plus grâce à Zeus, le char couvert de lauriers et de gloire du GLADIATOR de Ridley Scott étant passé par là, une deuxième naissance pour le genre péplum que l’on croyait mort et enterré avec le début des seventies a désormais sa place au Panthéon du blockbuster.

Tandis que les deux projets (Oliver Stone et Baz Luhrmann) d’Alexandre le Grand sont encore sur le grill, Wolfgang Petersen, qui justement avait en son temps balayé d’un coup de spartiate le scénario de GLADIATOR, n’a cette fois pas laissé passer l’aubaine. En préférant laisser tomber les problèmes de deux super héros (BATMAN vs. SUPERMAN) pour affronter ceux vieux de 3000 ans d’Achille et d’Hector, le réalisateur nous livre ici une vision très personnelle de la grande épopée de la guerre de Troie. Cinq mois et trois lieux de tournage, des milliers de figurants, un budget titanesque, une kyrielle de stars confirmées ou montantes, pour dompter le cheval de Troie, le moins que l’on puisse dire c’est que le paquet a été mis côté blindage. Et il faut bien admettre qu’effectivement au visionnage, l’armure de ce mastodonte qu’est TROY, brille de mille feux.

On ne les a pas comptés mais lors du débarquement des grecs sur la plage de Troie, on est prêt à croire sans discuter qu’ils sont bien 50000 à jaillir de plus de 1000 bateaux. De même lorsque ce petit monde de brutes costaudes et épaisses, sue, vocifère et s’étripe avec 25000 ennemis troyens, l’ardeur et la rage qui est mise dans les deux camps, ne souffre aucun chipotage face au boulot de reconstitution et aux effets spéciaux ou pas, mis en oeuvre pour mieux nous faire sentir le coup de glaive et la puissance des lances. Seulement voilà, les batailles spectaculaires et léchées ont beau être orchestrées avec panache, les décors et les costumes paraîtrent plus vrais que nature et Brad Pitt en jupette jouer du biceps huilé et de la gambette alerte, l’émotion, le rêve et le « je-ne-sais- quoi » qui fait que l’on sort d’une séance béat et heureux ne sont pas au rendez-vous de cette épopée seulement musclée.

En choisissant de prendre des grosses libertés avec le chef-d’œuvre littéraire dont il s’inspire et de mettre l’accent avant tout sur l’action, TROY répond sans doute aux critères de divertissement purement commerciaux de notre époque mais nous prive complètement de la dimension mythologique du récit, ici pas le moindre ourlet de toge de divinité. Débarrassé de ses artifices magiques, réduit à un combat de quelques jours (alors qu’il est censé durer 10 ans), élagué de son esprit original et de la profondeur du destin de ses personnages, peut-on encore parler d’adaptation de la guerre de Troie en évoquant le film de Petersen? Certains vous diront qu’il faut savoir faire du neuf avec du vieux et que ces choix offrent à l’histoire une résonance plus contemporaine et réaliste… Mais après tout qu’elles aient 3000 ans ou qu’elles soient actuelles, l’absurdité des toutes les guerres n’est-elle pas universelle? Homère bafoué, reste donc sur le grand écran une superproduction où techniquement on s’en prend plein les mirettes, faut-il s’en contenter?

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Journaliste

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