Equipe:
Durée: 145‘
Genre:
Date de sortie: 06/03/2001
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Des bidonville du Mexique aux marbres de Washington, TRAFFIC expose toute la vie autour du trafic de drogue: trafiquants, policiers, consommateurs, politiciens...

Notre critique:

Si on osait on vous dirait, allez voir ce film tout simplement, découvrez le brut, un peu comme un paquet cadeau qu’on ouvrirait sans savoir ce qu’il y a dedans, juste en sachant que ça va faire plaisir. Et puis bon on a quand même envie de vous décrire l’emballage et de secouer un peu la boîte juste pour vous donner l’eau à la bouche.

L’expéditeur c’est Steven Soderbergh, l’un des plus jeunes palmés à Cannes avec SEX, LIES AND VIDEOTAPES en 1989 et qu’on ne présente plus depuis le succès d’ERIN BROCKOVICH. Inventif et inclassable, variant les genres et les expériences, sachant jongler habilement entre originalité de ton et divertissement grand public, il est le cinéaste américain de l’année pour être doublement nommé aux Oscars pour ses deux derniers films, chose qui n’était pas arrivée depuis soixante ans, excusez du peu! Résumer TRAFFIC serait trahir un talent et une maîtrise de style que le monsieur semble avoir dépassés et en plus relève quasi de la mission impossible tant le sujet est vaste et complexe puisqu’il s’attaque au commerce et au trafic de la drogue sous tous ses aspects.

Inspiré d’une série télévisée britannique qui retracait la circulation de la drogue entre le Pakistan et l’Angleterre, TRAFFIC lui, plante le décor de cette énorme toile d’araignée aux ramifications multiples entre les Etats-Unis et le Mexique. Des bidonvilles de Tijuana, au désert mexicain en passant de l’autre côté de la frontière à San Diego pour arriver aux salons de Washington, ce film balaye tous les aspects du problème, politiques, économiques, sociaux, juridiques, familiaux, touchant toutes les couches de la population, des plus grands pontes aux plus anonymes. Tout démarre avec plusieurs histoires liées plus ou moins indirectement et volontairement au marché de la drogue: Celle de deux tandems policiers, l’un américain et l’autre mexicain, la nomination d’un respectable juge à la tête de la lutte antidrogue et le portrait de la femme d’un homme d’affaire. Comme un gigantesque jeu de mikado, en les suivant individuellement, ces personnages vont nous renvoyer à d’autres secondaires et nous faire adopter tout à tour leur point de vue. A l’arrivée c’est plus d’une centaine de personnages parlants qui vont venir se greffer dans cette narration kaléidoscope constituée d’une soixantaine de séquences, certaines se présentant comme de véritables petits films et d’autres comme de simples transitions.

Pour s’y retrouver dans ce « faux désordre », Steven Soderbergh qui ici porte aussi la casquette de directeur de la photo et de cadreur (sous le pseudonyme de Peter Andrews), choisit de filmer caméra à l’épaule (parfois à l’improviste) en décors naturels et de donner une teinte particulère à chacune des histoires principales. Tons jaunes sépias surexposés pour la partie mexicaine, bleutés froids pour l’univers du juge Wakefield ou encore pastels et lumineuses pour la côte ouest. Scénario construit habilement et mise en scène subtile sont les points forts qui donnent au film un réalisme et une véracité proche du documentaire et du reportage tout comme les personnages contrastés et justes. Chacun est à sa place, à commencer par Benicio Del Toro qui avec une aisance déconcertante campe un petit flic mexicain plus vrai que nature ou encore un Micheal Douglas plein d’humilité et de retenue dans son costume de « drug tsar ».Aucun acteur ne force le trait, appuie sur l’émotion, la fiction colle à la réalité, d’ailleurs qui remarquera que certains sénateurs, experts ou journalistes incarnent leurs propre rôle et que certaines scènes ont été filmés dans les lieux réels.

Documentaire/fiction, thriller haletant, film ludique et captivant, TRAFFIC est tout à la fois. Echappant à une vision réductrice et caricaturale, évitant les clichés moralisateurs du genre, il illustre sans juger avec une grande lucidité les problèmes liés à la drogue. Quand le cinéma a ce goût là c’est rudement bon, et c’est une pure friandise qui se déguste et se savoure sans modération.

Sylvie Jacquy

A propos de l'auteur

Journaliste

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