Titre français: Xiu Xiu

Equipe:
Durée: 100‘
Genre:
Date de sortie:
(cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

En Chine, en 1975, la Grande Révolution Culturelle est à bout de souffle. Mais elle frappe encore. A l'aube de sa disparition, elle emporte une dernière victime innocente.
Xiu Xiu est une "jeune intellectuelle". Le régime l'envoie pendant six mois sur les plateaux du Tibet pour apprendre l'art de garder un troupeau de chevaux. La tête pleine d'espoirs et de promesses, Xiu Xiu est contrainte à partager une tente militaire avec Lao Jin, un cavalier tibétain taciturne qui vit en paria, loin d'une société qui le rejette et qu'il fuit. Elle désenchante vite. Affligée par l'isolement et la pauvreté qu'on lui impose, elle se prostitue aux membres du parti dans l'espoir d'accélérer son retour en ville. Lao Jin, impuissant, assiste à sa déchéance.

Notre critique:

Candeur et décadence d’une adolescente chinoise. Ce sous-titre siérait mieux au film, bilan juste et amer d’une révolution politique et culturelle qui a marqué la Chine au fer rouge. Les grandes idées de Mao ont plongé toute une population dans une horreur sans nom. La jeunesse naïve et malléable a vu ses illusions fondre devant la corruption et la déshumanisation du système.
XIU XIU est une démonstration parfaite, inflexible et rigoureuse. Le film retrace la parcours d’une jeune intellectuelle endoctrinée, qui perd peu à peu ses repères et sombre dans le doute et la peur. XIU XIU est un double portrait bouleversant de deux personnages à priori antagonistes: la rêveuse des villes, active et sociable, et le nomade silencieux et solitaire. Les deux acteurs principaux, qui débutent devant les caméras, jouent de naturel, et trouvent l’émotion dans les silences et les regards fuyants.
La réalisatrice Joan Chen, elle aussi débutante, fige avec soin la trompeuse sérénité du paysage, les hauts plateaux du Tibet. Elle prend le temps de filmer les mille et un détail d’un quotidien simple qui bascule lentement vers le drame. Et si parfois elle trébuche dans son montage – il y a quelques ellipses assez abruptes! – on lui pardonne, car la résonance humaine de son film nous touche, profondément. Bravo.

A propos de l'auteur

Journaliste