Equipe:
Durée: 110‘
Genre:
Date de sortie: 18/09/2001
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Andy Osnard, espion britannique obsédé sexuel et peu scrupuleux dont les services secrets de Sa Gracieuse Majesté ne savent plus quoi faire, se retrouve muté à l’ambassade de Grande-Bretagne de Panama afin de se faire oublier. Mais le lieu est stratégique, d’autant plus que l’heure est à la rétrocession du canal par les Etats-Unis et que les enjeux et intrigues vont bon train quant à la gestion de cette juteuse affaire. N’écoutant que sa malhonnêteté et sa sournoiserie naturelle, l’agent secret tombé en disgrâce y voit la possibilité de redorer son blason et de satisfaire ses intérêts. Bien décidé à parvenir à ses fins il jette son dévolu sur Harry Pendel, un tailleur juif qui habille tout ce que ce petit pays compte de gens influents. Hommes d’affaires, politiques mais aussi mafieux et escrocs, tous se fournissent chez l’honorable Harry qui cache un mystérieux passé que va bien vite utiliser Osnard pour le faire chanter. Il l’oblige ainsi à collaborer avec lui en se servant des confidences que lui font ses importants clients entre deux essayages. Mais Harry s’est beaucoup vanté et faute d’informations capitales, il va devoir les inventer pour protéger sa petite vie paisible sans se douter que ses petits mensonges vont vite se transformer en conséquences désastreuses aux plus hauts niveaux…

Notre critique:

Ils portent le même prénom, sont tous les deux Anglais et cultivent un goût commun pour les histoires originales et dépaysantes teintées d’ironie et d’humour noir. L’un est un réalisateur inclassable qui depuis près de 40 ans aime varier les genres et les plaisirs (POINT BLACK, DELIVERANCE, EXCALIBUR, THE GENERAL), l’autre est un ancien agent des services de renseignements britanniques dont l’œil éclairé a permis une reconversion en auteur de best-sellers d’espionnage. Et lorsque le premier (John Boorman) décide d’adapter l’un des romans du second (John Le Carré), il est fort à parier que leur rencontre et leur collaboration ne puisse déboucher que sur un résultat fécond et quelque peu décapant. Bien que sexagénaires, il semble que ces deux-là se soient amusés comme des collégiens au nez et à la barbe de tous (y compris de certains studios hollywoodiens) à brouiller les pistes et les repères pour nous offrir cette délicieuse satire politiquement incorrecte.

Leur TAILOR OF PANAMA est bien plus qu’une parodie du genre. Film d’espionnage volontairement de guingois, comédie féroce aux accents mélodramatiques, il est aussi une belle leçon de réalisme politique et une joyeuse réflexion sur le capitalisme. Partant d’un contexte politique parfaitement authentique, Boorman s’amuse à mélanger intelligemment le rocambolesque à la réalité, court-circuitant les scènes attendues dans un décalage burlesque où le cynisme et l’humour grinçant sont bien plus dévastateurs que les gadgets et les cabrioles. Chaque personnage joue double, voire triple jeu et se surpasse dans la surenchère du mensonge et de la manipulation. Si Geoffrey Rush en tailleur fourbe et zélé excelle dans l’affabulation et la mauvaise foi, la palme de la rouerie revient sans conteste à Pierce Brosnan en espion totalement amoral et particulièrement vulgaire, qui n’hésite pas à mettre en pièces son image de parfait gentleman et à déboulonner le mythe d’un 007 pour notre plus grand plaisir. Fausses vérités, vrais mensonges, variations acerbes sur le monde moderne, THE TAILOR OF PANAMA est un divertissement jouissif et percutant taillé sur mesure.

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Journaliste

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