Titre français: Le Saint

Equipe:
Durée: 117‘
Genre:
Date de sortie: 17/06/1997
Cotation: o (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

C'est l'été, les oiseaux brillent, le soleil chante, les jupes deviennent généreuses et les décolletés volent dans la brise tiède. C'est l'été, et les cinémas se remplissent de films d'action sans cervelle. Prenez THE SAINT, par exemple. Simon (non, on ne prononce jamais Templar dans tout le film), dit le Saint (Val Kilmer), gentleman cambrioleur international, a fort à faire pour gagner ses derniers deniers avant sa retraite. Dérober à un professeur d'Oxford la fameuse formule de la fusion froide pour le compte d'un sale ruskoff, magnat du pétrole, qui veut devenir calife à la place du calife. Mais le professeur d'Oxford n'a rien d'une aride vieille barbe: c'est une laborantine affriolante, timide et romantique, qui a les traits doux d'Elisabeth Shue (miam). Et là, rabadaf, coup de foudre, bisous-bisous et toutes ces sortes de choses... Le Saint attrape des scrupules et se rend compte que son employeur a beau être généreux payeur, il n'en est pas moins une crapule démagogue. Tout le monde se court après dans un Moscou couvert de neige, on sort les flingues etc, etc, etc. Devinez la fin... Bravo vous avez gagné!

Notre critique:

THE SAINT commence bien, comme un roman-feuilleton popu, ce qui le rapproche des lointaines origines littéraires du personnage. Les scénaristes ont inventé un traumatisme enfantin improbable au héros, séquestré au fin fond d’un orphelinat en Extrême-Orient. Cette faille du héros, éternel enfant-rebelle sans identité, donne un aspect sympathique au film. Un bon point, exploité avec une bonne dose d’humour dans les scènes romantiques de la rencontre avec Elisabeth Shue. Jouissif à force de naïveté mélodramatique. Mais après, ça se gâte…

THE SAINT remplit alors son contrat de film d’espionnage et s’en sort mal. C’est bourré d’invraisemblances. D’accord, c’est devenu la loi du genre parce que quelque part c’est plaisant. Mais il ne faut pas exagérer. Et surtout, THE SAINT a l’haleine chargée. Sa vision des rapports Est-Ouest refoule méchamment du goulot. Pourrie qu’elle est de vieux relents de guerre froide et d’américanisme bas de plafond anachronique. Imaginez: le Saint et sa compagne trouvent refuge près d’une prostituée moscovite; « aidez-nous, disent-ils, nous sommes des gens ordinaires », « non, vous n’êtes pas ordinaires, répond la fille au regard envieux, vous êtes américains! ». C’est du propre…

On ne pouvait pas attendre autre chose de Philip Noyce malheureusement. Réalisateur très efficace, il met son talent réel au service de causes discutables. Souvenez-vous, c’est lui qui a réalisé PATRIOT GAMES et CLEAR AND PRESENT DANGER où Harrison Ford incarne Jack Ryan, bonze de la CIA, défendant la pure démocratie américaine contre les sales terroristes d’Irlande du Nord et les barons de la drogue sud-américains. La simplification idéologique ne lui fait pas peur et c’est sans gêne qu’il donne de la Russie actuelle une image digne de la dictature tapioquiste dans les albums de Tintin. On pourrait objecter que c’est du second degré… En comparant avec les Jack Ryan, des films sérieux, en est-on encore si sûr?

Si on parvient à faire abstraction de cette vétille politique (juste 2/3 du film…), si on aime les histoires aberrantes, feuilletonesques en diable où les poursuites s’enchaînent sans arrêt, alors on peut apprécier THE SAINT à sa juste valeur. A vous de voir si vous préférez vous griller la couenne au soleil ou vous ramollir le neurone au cinéma.

A propos de l'auteur

Christophe Bruynix
Journaliste

Lorsqu'il ne gère pas la présence web de ses clients, Christophe Bruynix dévore de la fiction sous toutes ses formes. Le temps restant, il photographie, médite, soulève des poids lourds, se débat contre un "régime flexible" (fichus carbs), et il imite très bien Godzilla.