Equipe: Aisling Franciosi, Damon Herriman, Jennifer Kent, Sam Claflin
Durée: 136‘
Genre: Thriller
Date de sortie:
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

L'histoire d'une jeune irlandaise de 21 ans reconnue coupable de meurtre en Tasmanie en 1825. Après que son mari et son enfant aient été tués cette dernière décida de se venger. Elle engagea donc un chasseur de prime afin de l'aider à se faire justice seule.

Notre critique:

Jennifer Kent fut l’une des révélations de l’année 2014 avec son film d’horreur MISTER BABADOOK. Voici qu’elle est de retour avec un film d’un autre genre, le rape & revenge. Cela s’appelle THE NIGHTINGALE et il vient de faire forte impression à la Mostra de Venise où il officie en compétition (Jennifer Kent est d’ailleurs l’unique réalisatrice représentée).

Le rape & revenge est un genre très codifié qu’il est difficile de véritablement renouveler. Un viol entraîne la revanche de la victime envers les coupables. C’est simple, efficace et souvent sensiblement la même chose de film en film. Ce qui différencie THE NIGHTINGALE des autres, c’est son contexte historique et social.

Clare est une jeune fille de 21 qui a débarqué en Australie, en Tasmanie plus exactement, après avoir commis un crime en Angleterre. Elle est la propriété d’un lieutenant anglais qui a réglé ses comptes. Clare a donc une dette envers lui. Cette dernière réglée, elle veut être affranchie afin de pouvoir vivre tranquillement avec son mari et leur bébé. Quand ceux ci meurent de la main du lieutenant, Clare va tout faire pour se venger. Elle part à sa recherche et, afin de l’aider à trouver sa route, elle requiert l’aide de Billy, un jeune aborigène qui pourra la guider.

Il n’est pas nécessaire de rappeler l’oppression qu’ont subit les aborigènes par les anglais. Ils ont été persécutés, chassés de leurs terres par les colons. En ce qui concerne les irlandais, c’est la nationalité de Clare, on ne peut pas dire qu’ils portent les anglais dans leur cœur non plus. Quand Clare exige l’aide de Billy, elle se place en tant que blanche dominante mais, au fur et à mesure qu’ils vont passer du temps, leur traque va durer environ cinq jours environs, ils vont apprendre à mieux se connaître et se placer de plus en plus sur un terrain d’égalité, notamment grâce à cette haine commune envers les anglais.

La cause aborigène est aussi au centre du récit. Jennifer Kent montre bien à quel point ils étaient à la merci des anglais qui pouvaient en faire ce qu’ils voulaient. THE NIGHTINGALE montre très bien ce à quoi ressemblait la société australienne au début du XIXème siècle, les injustices qui y régnaient, les inégalités raciales, les questions d’identité, d’appartenance. Grâce à ce contexte, la revanche prend une toute autre saveur, plus complexe.

La mise en scène de Jennifer Kent est impeccable. Elle frappe très très fort dès le début avec le fameux viol et les morts du mari et du bébé de Clare. La scène dure sept longues et interminables minutes. En tant que spectateur, c’est insoutenable à regarder tant Kent n’a pas fait dans la demi-mesure. Elle n’a pas eu de tabous et rend la scène très graphique et extrêmement violente. La tension est à son paroxysme, le cœur arrête de battre, les spectateurs sont en apnée jusqu’au moment où la tension est lâchée. Il faut plusieurs minutes pour s’en remettre, le temps que Clare définisse son objectif et se mette en route vers sa mission sanglante. Là où Jennifer Kent fait également assez fort, c’est au niveau du récit. L’histoire évolue, les personnages aussi et, grâce à une écriture finement menée, Kent parvient à surprendre et donner plus de sens aux actions des personnages.

Le film atteint une certaine puissance notamment grâce à ses deux comédiens principaux, l’irlando-italienne Aisling Franciosi (Lyanna Stark dans GoT) et le débutant Baykali Ganambarr, respectivement Clare et Billy. Le duo fonctionne à merveille, tout fonctionne, les débuts difficiles comme la complicité de la fin. Ce sont tous deux de superbes révélations qu’on tarde de revoir prochainement. Aisling Franciosi crève l’écran grâce à son charisme, son regard et l’énergie qu’elle déploie. Concernant Baykali Ganambarr, c’est plutôt au niveau de son faciès qu’il arrive à transmettre énormément d’émotions. C’est fort, très fort.

Face à eux se trouve Sam Claflin (ME BEFORE YOU) dans le rôle de l’ignoble lieutenant. Claflin est repoussant comme jamais. On a juste envie de le frapper, preuve que sa prestation est réussie et que l’effet recherché est atteint.

Tant dans son exécution que sa conclusion, THE NIGHTINGALE n’est définitivement pas un rape & revenge comme les autres. Il bénéficie d’un contexte historique et social important qui emmène le film dans une dimension supérieure, plus intelligente, plus subtile, plus essentielle. C’est un film fort, extrêmement puissant qui a bousculé la Mostra. En espérant qu’il résonne longtemps et bénéficie d’une large sortie en salles.

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A propos de l'auteur

Thibault van de Werve

Ce jeune passionné de cinéma, formé entre autres au Festival du Film Fantastique de Bruxelles, affectionne en particulier Steven Spielberg, Terrence Malick et Alejandro Gonzalez Iñárritu. Il écume avec passion les visions de presse et les nombreux festivals belges, où il s'est déjà retrouvé juré (Brussels Film Festival, Festival du Film d'Amour de Mons, Festival du Film Policier de Liège...), tout en officiant par ailleurs pour les pages culturelles de La Libre Belgique.