Equipe:
Durée: 115‘
Genre:
Date de sortie: 04/12/2001
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

1949, dans une petite bourgade tranquille de Californie, le mégot au bord des lèvres et la blouse immaculée, Ed Crane coupe, rase et coiffe le poil de ses concitoyens sans aucune conviction et avec la plus parfaite indolence. Le teint blafard, l’œil fixe et le cerveau éteint, Ed est un bloc de mutisme que rien ne semble pouvoir ébranler, pas même les interminables jacasseries de Frank son beau-frère et gérant du salon ou les infidélités de sa femme Doris, avec Big Dave le patron du magasin où elle est comptable. Sans ambition et dénué de toute imagination, c’est indifférent et laconique qu’il observe tel un fantôme ce monde qui l’entoure où il ne trouve pas sa place. Mais un jour, par hasard un minable escroc pousse la porte du salon de coiffure et le convainc d’investir dans une louche affaire de nettoyage à sec. En marchant dans la combine Ed va malgré lui mettre en route une mécanique infernale et faire s’effondrer sa petite vie réglée comme du papier à musique.

Notre critique:

Depuis un certain jour de l’année 1985 où nous avons découvert leur cuisine Sang pour Sang américaine inutile de vous dire que nos papilles furent à la fête à chacune de leur nouvelle recette. Si la métaphore culinaire convient si bien au cinéma de Joel et Ethan Cohen c’est sans doute à cause de ce goût si particulier qu’ils trimbalent d’histoire en histoire, savoir-faire familial particulièrement bien léché devenu depuis leur label de fabrique qui se déguste à chacun de leur film. Moins d’un an après le savoureux O’BROTHER, ils remettent le couvert pour nous régaler d’un nouvel opus auquel certains gastronomes Cannois ont décerné une fois de plus la toque de la mise en scène.

Un héros crédule et cocu, une garce infidèle, un chantage foireux, une minable escroquerie, un meurtre par inadvertance et un accident de voiture, ces ingrédients ne vous rappellent rien ? Plantez le décor dans une petite ville banale et sans histoires à l’aube des années 50, truffez l’histoire de seconds rôles et de flash-back, filmez le tout en noir et blanc avec un narrateur en voix off, ça y est vous y êtes ? THE MAN WHO WASN’T HERE est bien sûr un brillant hommage aux films noirs de l’époque et aux polars de James Cain que les deux frères affectionnent mais aussi une formidable relecture du genre où ils ont su avec brio moderniser les codes et dynamiser les propos. De SUNSET BOULEVARD à DOUBLE INDEMNITY en passant par THE POSTMAN ALWAYS RINGS TWICE ou encore bien d’autres, les amateurs sauront à coup sûr détecter les nombreux clins d’œil des frangins y compris dans la formidable et prodigieuse interprétation de Billy Bob Thornton, petit nouveau qui rejoint la famille des fidèles (Frances McDormand, Micheal Badalucco, Jon Polito) tous impeccables et irréprochables.

Si pour leur neuvième long métrage, les frères surdoués atteignent des sommets dans la maîtrise et le génie visuel, ils confirment aussi qu’ils sont de sacrés raconteurs d’histoires. Reconstituée minutieusement et bourrée de détails loufoques, leur intrigue multiplie les surprises et les décalages tendant comme un miroir à la société américaine le malaise qu’elle entretient depuis des décennies. Troquant la drôlerie pince-sans-rire de FARGO ou le rythme effréné THE BIG LEBOWSKI pour un cynisme plus subtil et un tempo plus lent, ils prouvent qu’ils ont plus d’un tour dans leur sac et savent encore surprendre. Coenissime !

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Journaliste

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