Titre français: Le Monde Perdu

Equipe:
Durée: 134‘
Genre:
Date de sortie: 21/10/1997
Cotation: * (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Groarghrrrrrr groarrrrrrr... les dinosaures sont de retours et ils ne sont pas contents.

Notre critique:

Il y a beaucoup moins de scénario dans THE LOST WORLD qu’il n’y en avait dans JURASSIC PARK. Totalement conscient du problème, Spielberg apporte une réponse surprenante. Plutôt que de se donner des faux thèmes, il pousse la vacuité de l’histoire jusqu’à l’absurde. Sur le site B du Parc Jurassique (il y en avait un, vous l’ignoriez?), des gentils écolos s’opposent à de méchants chasseurs. La bagarre devient vite confuse au milieu des gros dinos qui piétinent ou qui dévorent tout ce qui bouge. Oubliée, la lente introduction scientifique et les arguments philosophiques : ça s’entre-tue et ça mastique ferme dès les premières images d’une course poursuite aussi délirante que dans un Tex Avery.

Car THE LOST WORLD n’est rien d’autre qu’un gigantesque cartoon aux images réalistes mais au traitement décalé. Surtout grâce à la bande-son. Une terrifiante attaque de raptors dans les hautes herbes devient hilarante à force de grincements de mâchoires, de miams et de slurps rigolards. Une haletante attaque de tyrannosaures dérive complètement grâce à des dialogues farfelus. Un tyrannosaure de plusieurs tonnes -encore- se déplace silencieusement, en catimini, derrière sa future victime qui ignore sa présence, rendant la scène garylarsonienne en diable (1).

Même s’il n’y a pas plus de personnages que de scénario, on a droit à des dialogues d’une intelligence (si, je vous jure) et d’une cruauté rares. Les meilleures répliques, les plus méchantes, étant réservées à Arliss Howard, en businessman élitiste et fascisant, et à Pete Postlethwaite, chasseur blasé qui évoque des mutilations par des carnivores comme on parle de la pluie.

C’est vrai, THE LOST WORLD ressemble à son homonyme de 1925 (2), il ressemble à KING KONG, il ressemble même à un gros nanar comme GORGO (3). Mais Spielberg le sait, il s’amuse à faire un film de genre pur, ultra-référentiel, sans se poser de question. THE LOST WORLD est au film de dinosaures ce que SINGIN’ IN THE RAIN est à la comédie musicale. Une trame simpliste, des scènes d’attaques attendues alignées comme des numéros musicaux distincts, mais tout cela traité avec une sophistication et un plaisir tels qu’ils court-circuitent le jugement et emportent forcément le spectateur.

Finalement, sa grande qualité vient du fait qu’il est loin d’être aussi conventionnel qu’on peut le croire. THE LOST WORLD est gore. Ca gicle dans tous les sens. On y dégomme aussi facilement des vilains méchants que des gentils tout plein, aussi bien des petites filles que des cabots. Et l’humour est monstrueusement cynique, au point qu’on se demande si Spielberg -de manière inattendue- n’est pas en train de faire un bras d’honneur de luxe au cinéma dit famillial.

(1) Gary Larson: cartoonist de génie à l’humour froid et absurde. Lisez et relisez des Gary Larson!

(2) THE LOST WORLD de Harry O. Hoyt, d’après une nouvelle de Conan Doyle. Où un diplodocus en liberté semait la panique dans le Londres Victorien. Jolis trucages de Willis O’Brien, l’homme qui donnera vie à King Kong 8 ans plus tard.

(3) GORGO, d’Eugène Lourié, 1961. Où un figurant recouvert par un costume de caoutchouc piétine inlassablement un Londres de carton pâte. Ringard au possible et ô combien jouissif.

A propos de l'auteur

Christophe Bruynix
Journaliste

Lorsqu'il ne gère pas la présence web de ses clients, Christophe Bruynix dévore de la fiction sous toutes ses formes. Le temps restant, il photographie, médite, soulève des poids lourds, se débat contre un "régime flexible" (fichus carbs), et il imite très bien Godzilla.