Equipe:
Genre:
Date de sortie: 22/04/2003
Cotation: ** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

David Gale est en prison au Texas.
Il va être exécuté dans 3 jours.
Il a été condamné pour meurtre avec viol sur la personne d'une amie.
3 jours avant la date fatidique, il accorde un interview à une journaliste.
Les révélations que David Gale fait à la journaliste ouvrent la porte à trois possibilités: soit David Gale est un maniaque manipulateur de la pire espèce; soit il est victime d'un complot; soit...
Quoiqu'il en soit, la vie d'un homme est dans la balance et une journaliste a peut-être le pouvoir de la faire pencher dans un sens ou dans l'autre.

Notre critique:

THE LIFE OF DAVID GALE fait partie de ce nouveau genre à part entière, porté sur les fonds baptismaux par USUAL SUSPECTS, popularisé par THE SIXTH SENSE et que l’on pourrait lapidairement qualifier de « film roublard ». Le principe du genre étant de nous raconter une histoire qui n’est pas celle que l’on est en train de voir et qui se conclut dans les toutes dernières minutes du film par un ultime rebondissement (pour bien faire, totalement inattendu) et qui a pour but de remettre les choses à leur juste place et par là-même de nous dévoiler la véritable histoire que l’on voulait nous raconter (USUAL SUSPECTS n’est pas l’histoire de Kaizer Sose, c’est l’histoire d’un bluff; THE SIXTH SENSE n’est pas tant l’histoire d’un petit garçon qui voit des fantômes et doit apprendre à vivre avec que celle d’un homme qui doit se faire à l’idée qu’il est mort). Dernièrement, FRAILTY de Bill Paxton avait apporté du point de vue scénaristique une fameuse pierre à l’édifice. Aujourd’hui, c’est Alan Parker qui y va de son couplet avec THE LIFE OF DAVID GALE.
Le problème lorsqu’on doit critiquer un film de ce genre, c’est que l’on risque très vite d’en écrire trop et par conséquent de gâcher la surprise et donc le plaisir du lecteur futur spectateur du film.
Procédons donc par ordre.
Si vous voulez conserver l’effet de surprise au maximum, on peut vous révéler que:

  • Alan Parker est toujours capable de nous tenir en haleine avec une histoire, surtout si l’humanité de ses personnages est mise en évidence, ce qui est le cas ici.
  • Alan Parker n’est pas un grand directeur d’acteurs mais qu’il a le nez pour les choisir suffisamment talentueux pour que la pillule passe.
  • THE LIFE OF DAVID GALE est le premier scénario de Charles Randolph mais que ce ne sera sûrement pas son dernier.
  • THE LIFE OF DAVID GALE permet à Alan Parker de rappeler quelques évidences par rapport à la peine de mort et notamment que la mort d’un coupable ne compense en rien celle d’un innocent.

Voilà. Je propose maintenant à ceux qui déteste en savoir trop avant de voir un film d’arrêter de lire ici et je leur souhaite une excellente séance. Nous pourrons nous retrouver après s’ils le désirent.

Or donc, pour ceux qui reviendraient du cinéma après avoir vu THE LIFE OF DAVID GALE et pour ceux qui se fichent éperdûment de l’effet de surprise, j’aimerais insister sur le fait que contrairement aux apparences, le dernier Alan Parker n’est pas un film consacré au vaste débat consacré à la peine de mort. Ce débat n’est en fait que le décor, important certes, mais décor quand même, d’une histoire individuelle qui est de savoir comment retrouver l’estime des autres, et surtout de ses proches, lorsque les apparences sont irrémédiablement contre vous. Contrairement aux apparences, l’enjeu n’est pas de savoir si David Gale est coupable ou non, s’il sera exécuté ou non, s’il y a erreur judiciaire ou pas, si le système est susceptible de se tromper ou pas. L’enjeu est de savoir comment il va s’y prendre pour retrouver grâce aux yeux de sa femme et de son fils. Le basculement d’un enjeu de société (pour ou contre la peine de mort) vers un enjeu essentiellement privé (comment redorer mon blason) pouvait faire craindre qu’en révélant l’un, l’autre ne s’en trouve déforcé et ne fasse retomber le film comme un soufflé (genre, quoi? tout ça pour ça?). Heureusement, il n’en est rien. L’intrigue s’articule avec suffisamment de souplesse sur ses deux axes et le destin personnel d’un homme sert finalement la collectivité. Car en retrouvant, aux yeux de ses proches, son humanité, David Gale a tenté de rendre la communauté des hommes plus humaine également.
En ces temps où le choc et l’effroi semblent être les seules réponses mises en oeuvre pour répondre aux désarrois qui hantent la planète, THE LIFE OF DAVID GALE délivre une pensée humaniste. Face à la haine et à la bêtise de certains, cela peut sembler dérisoire. Ce n’est qu’un film après tout. Mais il est bon parfois de se tourner vers une dérisoire lumière pour ne pas se laisser engloutir par les ténèbres qui autour de nous ricanent.

A propos de l'auteur

Journaliste