Equipe:
Durée: 113‘
Genre:
Date de sortie: 17/03/1998
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Située au début des années '70, l'histoire s'attache à des personnages qui n'ont a priori aucun problème. Ils n'ont aucun problème matériel, ils sont mariés, ont des enfants, un boulot. Malgré cela, leurs vies sont remarquablement vides de toute substance, vides de sens. Pour combler ce vide, la seule issue envisagée est celle d'une liberté sexuelle nouvelle qui leur donnerait l'impression d'exister ; un simple dérivatif comme l'alcool ou la drogue. L'imminence d'une tempête de glace va provoquer une cristallisation de la situation, jusqu'à la rupture.

Notre critique:

Le dernier Ang Lee force l’admiration.

Révélé au grand public par THE WEDDING BANQUET, sa personnalité nous avait séduits par sa capacité à révéler sans artifices les frémissements des rapports humains, notamment au sein de la cellule familiale. Son regard à la fois précis et tendre donnait des films dont on ressortait avec une petite musique dans le coeur (EAT DRINK MAN WOMAN).

S’il a gardé la précision de son point de vue, plus aucune trace de tendresse ou d’espoir n’est visible dans THE ICE STORM. Baigné dans une grisaille (bravo au chef op’ Frederick Elmes) qui est pour beaucoup dans la réussite de l’ambiance oppressante qui y règne, le film révèle une mise en scène d’une redoutable maitrise. Ang Lee filme ses personnages avec une précision d’entomologiste et obtient le meilleurs de ses comédiens. Il n’est pas une prestation qui ne mériterait d’être citée. Cette très haute tenue dans la qualité de l’interprétation coucourt à donner au film son homogénéité.

Chronique suffocante des rapports entre 2 couples d’amis et leurs enfants, THE ICE STORM fascine. Les événements ressemblent à une crise pubertaire dont seraient victimes des adultes. Il y est question de conquête de libertés nouvelles dans le cadre d’une recherche d’identité.

Ang Lee décrit chez ses personnages une incapacité dramatique à simplement vivre leur vie. Toute valeur semble avoir disparu. Ils s’essaient à l’adultère comme ils se mettraient à boire ou prendre des anti-dépresseurs.

Bien sûr, les attitudes décrites sont certainement liées à des facteurs socio-historiques précis, propres aux USA. Déconfiture au Viet-nam, affaire du Watergate, crise pétrolière… Avec les Golden Sixties qui s’éloignent, c’est un peu du rêve américain qui s’éteint. Conjugué à cela, la liberté sexuelle consécutive à l’invention de la pillule anti-conception provoque une crise de valeurs sans précédent. Les faits décrits dans THE ICE STORM ne peuvent être complétement compris sans être resitués dans ce contexte.

Ce qui est terrible cependant, c’est que les situations qui sont montrées conservent une résonance par rapport à la situation que vit le monde occidental aujourd’hui. Si elle prend des formes différentes, la crise de valeurs de notre époque est bien réelle. Sous la férule d’un ultra-libéralisme qui clame que tout est permis au nom de la rentabilité, l’Occident se retrouve empêtré dans ses contradictions. Oppulence et liberté sexuelle face à chomâge et peur du SIDA, la problématique reste celle de la quête du sens.

Ang Lee ne propose aucune réponse dans son film, renvoyant le spectateur à sa propre expérience.

THE ICE STORM s’apparente à un miroir grossissant dans lequel se reflètent nos dérives. Il résonne comme un message d’alerte sans en avoir les accents sentencieux ou moralisateurs.

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Journaliste