Titre français: Fantômes Contre Fantômes

Equipe:
Durée: 110‘
Genre:
Date de sortie: 28/01/1997
Cotation: *** (cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

THE FRIGHTENERS nous conte les aventures de Frank Bannister (Michael J. Fox), médium sans envergure qui utilise son don surnaturel pour monter de petites escroqueries morbides. Un jour, il découvre la cause des morts suspectes qui endeuillent la région: Johnny Bartlett (Jake Busey), le tueur en série exécuté après avoir massacré 12 personnes dans un hôpital psychiâtrique, dont le spectre continue l'oeuvre funeste. Bannister, désigné comme suspect, n'a qu'une solution pour s'innocenter: passer dans l'au-delà et affronter le psychopathe.

Notre critique:

Après un détour surprenant par le cinéma dramatique (HEAVENLY CREATURE), Peter Jackson revient au genre qui a fait sa réputation: le film d’épouvante parodique et excessif. Nuançons légèrement le « excessif », parce que notre ami Néo-Zélandais s’est volontairement retenu d’éclabousser l’écran de sang épais. Non pas qu’il se soit assagi, mais le film étant en partie financé par les Etats-Unis (Robert Zemeckis, comique gentil, tient le poste d’executive – étrange association), il devait s’assurer d’un minimum de débouchés dans ce pays où la censure est chatouilleuse. Il y a encore de la tripaille qui explose et de la chair putride, mais uniquement dans un plan spectral, bleu et éthéré, là où ça n’a pas l’air trop sale. Encore que c’est la première fois qu’un réalisateur parvient à obtenir d’ILM des effets aussi crasseux (et ce n’est pas un défaut!) au lieu de se faire imposer leur style plutôt lissé. De toute façon, ce n’est pas au litre d’hémoglobine que se mesure le talent de Peter Jackson. Car son esprit reste intact: frondeur, révolté. Son film est une attaque furieuse contre la médiocrité visqueuse, la compétition idiote, la bienséance timide, et la convention molle.

Raconté sur le ton du conte ou de la farce, FRIGHTENERS frappe beaucoup plus l’imaginaire qu’un NATURAL BORN KILLERS, pensum sophistiqué et stérile dont il reprend les personnages. NBK n’est pas la seule référence directe dans le film: elles sont même nombreuses et ostensibles. Car Peter Jackson reste un réalisateur essentiellement référentiel. A la manière de Tex Avery qui détournait gaillardement les contes traditionnels, il jette pèle-mèle les icônes actuelles dans un mélange sidérant: militaires triomphants, tueurs en série banalisés, flic façon X-FILES, Grande Faucheuse et nains de jardin. Le résultat est un cartoon frénétique d’1h50, portrait monstrueux de cette fin de siècle, aussi drôle qu’effrayant, aussi farfelu en apparence qu’interpelant en profondeur. C’est tout l’art de la bonne caricature.

A ceux qui n’ont vu de Peter Jackson que le très subtil HEAVENLY CREATURES, qu’ils ne voient pas dans la course-poursuite de THE FRIGHTENERS une régression. Au contraire, c’est dans un film pareil et dans ses gores précédents (BRAINDEAD, MEET THE FEEBLES et BAD TASTE) qu’il peaufine son regard oblique. Sans ces exercices de style horrifiques, HEAVENLY CREATURES n’aurait pas été ce qu’il est. Voilà pourquoi THE FRIGHTENERS est aussi important.

A propos de l'auteur

Christophe Bruynix
Journaliste

Lorsqu'il ne gère pas la présence web de ses clients, Christophe Bruynix dévore de la fiction sous toutes ses formes. Le temps restant, il photographie, médite, soulève des poids lourds, se débat contre un "régime flexible" (fichus carbs), et il imite très bien Godzilla.