Equipe: Deborah Davis, Emma Delves, Olivia Colman, Rachel Weisz, Tony McNamara, Yorgos Lanthimos
Durée: 120‘
Genre: Biographie
Date de sortie: 09/01/2019
(cotations de « ooo » -restez chez vous- à « **** » -rdv de toute urgence au cinéma)

Si vous avez manqué le début:

Durant le règne de la reine Anne, dernière monarque de la Maison Stuart, les femmes de la cour s'opposent dans la course au pouvoir, au milieu d'un triangle amoureux.

Notre critique:

Ouf ! S’il y a bien un genre dans lequel on n’attendait pas le génial réalisateur grec Yorgos Lanthimos, c’est bien le film historique. Après des œuvres comme marquantes comme CANINE, THE LOBSTER ou, dernièrement, MISE A MORT D’UN CERF SACRE, le voir derrière la caméra pour raconter un épisode de la vie de la reine Anne est inattendu. Cela dit, de l’inattendu, on en retrouve dans THE FAVOURITE, à commencer par le logo de la 20th Century Fox qui est orchestré non pas avec la musique mondialement connue mais bien « chanté » par … des canards. Les rires sont là, on se demande bien dans quoi on s’embarque mais, au moins cela fait son petit effet.

Le scénario se concentre sur la rivalité qui va subvenir entre Lady Sarah (Rachel Weitz), la favorite de la reine Anne (Oliva Coleman), et sa cousine Abigail (Emma Stone) qui vient d’arriver à la cour pour y trouver du travail. Les coulisses de la cour, son fonctionnement, la politique et la vie quotidienne sont ce sur quoi s’attarde Lanthimos au début du film. Petit à petit, il va creuser le triangle de pouvoir, mais aussi d’amour, qui va se créer jusqu’à sa rupture et son chamboulement total. L’ordre des choses va être bouleversé et ce qui n’était qu’un petit jeu de luttes de pouvoir va se transformer en toute autre chose.

Ce triangle, assez classique dans sa forme, est porté par trois femmes de talent. Olivia Coleman, qui incarne la reine avant d’interpréter la reine Elizabeth dans la prochaine saison de la série Netflix THE CROWN, crève l’écran. Son jeu est intensifié par les présences électrisantes d’Emma Stone et Rachel Weitz qui, décidément, ne font quasiment que des bons choix. Rachel Weitz retrouve Lanthimos pour la seconde fois après avoir été l’un des rôles marquants de THE LOBSTER aux côtés de Colin Farrell.

Les acteurs évoluent dans un environnement remarquable dont le soin apporté aux détails ne peut qu’impressionner. Le château, chacune de ses pièces, les costumes et maquillages, c’est juste parfait. Le tout est magnifié par une photographie aux petits oignons. La lumière est sublime et c’est juste bluffant lorsque certaines pièces sont éclairées à la bougie. Cette première collaboration entre le grec et le chef opérateur irlandais Robbie Ryan est une réussite.

Yorgos Lanthimos compense le classicisme de son scénario par une mise en scène mémorable. Il ne refait pas le coup de Sofia Copola qui avait inclut des anachronismes de taille dans son MARIE-ANTOINETTE (on y voyait des Converse par exemple) mais il bouleverse quelque peu les codes. Dans le même ordre idée, on peut ainsi parler d’une scène de bal avec de la musique classique mais dont les pas de danse sont contemporains. D’un point de vue purement cinématographique, Lanthimos utilise par moments un objectif fish eye créant ainsi un effet déstabilisant mais surtout le grand angle pour filmer en intérieur. Cela donne encore plus de hauteur aux pièces et crée une atmosphère inhabituelle, surtout pour un film historique. L’effet est particulièrement réussi, preuve que la « prise de risque » était payante.

THE FAVOURITE n’est peut-être pas aussi bon que ses prédécesseurs mais, il est le résultat d’un travail fantastique de Lanthimos qui a été là où, de prime abord, on ne l’attendait pas. C’est, bizarre, folklorique, malsain, drôle. Quand on fait les comptes et qu’on y réfléchit bien, ce sont en fait tous les ingrédients qui font la patte de Lanthimos. C’est surprenant, réjouissant, tout ce qu’on demande du grec.

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A propos de l'auteur

Thibault van de Werve

Ce jeune passionné de cinéma, formé entre autres au Festival du Film Fantastique de Bruxelles, affectionne en particulier Steven Spielberg, Terrence Malick et Alejandro Gonzalez Iñárritu. Il écume avec passion les visions de presse et les nombreux festivals belges, où il s'est déjà retrouvé juré (Brussels Film Festival, Festival du Film d'Amour de Mons, Festival du Film Policier de Liège...), tout en officiant par ailleurs pour les pages culturelles de La Libre Belgique.